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Site de Jean-François Coustillière
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Rôle du chef de Bataillon Coustillière- 1923 - 1924

Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937
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Extraits de l'ouvrage du général  Du Hays
sur les armées françaises au Levant de 1919 à 1939.

(Étude conservée au Service historique de l'armée de terre - Vincennes)

Le rôle du chef de bataillon Coustillière du 26 juillet 1923 au 6 décembre 1924



Le 26 juillet 1923, le chef de bataillon Coustillière est désigné comme commandement militaire indépendant des cazas du Chouf, de Hasbaya, Rachaya, Djezzin, et Merdjayoun.

1 - La situation dans la région
Le  chef de bataillon Coustillière  était désigné pour remplacer le chef d'escadron Mazen dans son commandement militaire. Il prenait ses fonctions à compter du 26 juillet et rejoignait Beit ed Dine le 28.
Cette fonction avait été créée par le commandant en chef le 13 mai. Il avait alors décidé de placer les autorités administratives et la force publique des cazas du Chouf, de Hasbaya et de Rachaya sous l'autorité militaire. Le chef d'escadron Mazen s'était vu confier ce commandement.
Son territoire avait été étendu le 19 mai au caza de Djezzin puis le 1er juin au caza de Merdjayoun.
Le commandant militaire avait alors, en juillet 1923, autorité sur les cazas du Chouf, de Djezzin, de Hasbaya, de Rachaya et de Merdjayoun.
La situation sur place en mi-juillet est décrite dans le rapport final que le commandant Mazen adresse à l'autorité supérieure le 20 juillet (1).

Ce compte-rendu fait apparaître que la cause première des incidents du Chouf jusqu'au 16 mai, était d'ordre confessionnel opposant des communautés entre elles. Les causes politiques ne venaient qu'au second rang, mais elles existaient... Elles étaient exploitées par tous ceux qui avaient intérêt à entretenir des troubles au Liban. Ce sont elles qui avaient, en 1921, engendré l'assassinat de Fouad bey Djoumblatt, caïmakam du Chouf.

Le commandant Mazen constate qu'après deux mois d'opérations et d'actions de justice, l'état d'esprit des masses chrétienne et druze s'est heureusement modifié, chacune regrettant les excès passés. Mais,  il y a encore des extrémistes et des gens intéressés aux troubles qui peuvent à tout instant provoquer de nouveaux attentats. Le risque sera d'autant plus grand que les derniers crimes chrétiens resteront impunis, ce que les druzes n'admettraient jamais.

Le commandant militaire "quittant" jugeait aussi qu'il était nécessaire de maintenir la fonction de commandement militaire dans le Chouf ainsi qu'à Hasbaya.
Il soulignait l'importance, pour l'officier en place à Beit ed Dine, de ne pas se laisser accaparer par les milieux chrétiens de Deir el Kamar et par leurs " démonstrations francophiles bruyantes ". Il convenait en effet de tenir " la balance strictement égale entre les partis en présence sans s'engager vis à vis d'aucun d'eux ".


Beaucoup de druzes pensaient encore que la France était au Liban pour les maronites et contre les druzes. " C'était une des causes de leur hostilité secrète ". Il était donc indispensable de montrer par les paroles et les actes que la France traitait également toutes les communautés.

Rappelant que les deux rouages essentiels du commandement militaire étaient la justice et la gendarmerie, il considérait que les tribunaux étaient globalement à la hauteur de leur tâche. En revanche, la gendarmerie était à réformer complètement. Beaucoup de ses hommes étaient à éliminer parce qu'illettrés ou de moralité douteuse ou négligents; servant dans leur pays, beaucoup étaient dominés par des influences de famille ou de parti. D'une manière générale, un fort encadrement français lui était nécessaire car il fallait changer sa mentalité, une partie de son personnel et beaucoup de ses procédés.
Le commandant Mazen examinait ensuite le désarmement. " Le désarmement que l'on n'avait jamais osé tenter dans le Liban et que beaucoup croyaient impossible, écrivait-il, est en train de s'effectuer avec un plein succès. Il se fait à Hasbaya et Rachaya ; il sera entrepris ensuite dans le Chouf, puis dans le caza de Djezzin. Il convenait ensuite de l'étendre à tout le Liban, et même à Beyrouth avec, dans cette ville, des modalités spéciales. Mais il fallait, en même temps, faire cesser la contrebande d'armes qui constituait une " entreprise très achalandée et très lucrative ".


2 - Les premières démarches
Le chef de bataillon Coustillière, dès son arrivée, échange des visites avec les personnalités officielles et les notables de Beit ed Dine, Baaklin et Deir el Kamar . Il rend aussi visite à Nazira Djoumblatt dont l'influence, écrit-il, " est actuellement considérable... et elle l'exerce dans le sens de la concorde entre druzes et chrétiens ".

Dans les premiers jours d'août, le commandant Coustillière rend compte que le calme régne sur toute l'étendue de son commandement, mais que la reprise de relations normales entre Baaklin et Deir el Kamar n'a fait aucun progrès. C'est pourquoi, quelques jours plus tard, il s'efforce de mettre à profit la présence, en séjour chez Monseigneur Boustani, de Monseigneur Giannini, délégué apostolique. Celui-ci prodigue de sages conseils d'oubli du passé et de confiance mutuelle aux chrétiens et aux druzes venus en foule le saluer. Le commandant Coustillière réunit alors, le 9 août, les notables chrétiens de Deir el Kamar avec Monseigneur Boustani et les notables druzes de Baaklin avec leurs cheikhs. La reprise de contact parait cordiale au commandant militaire qui ajoute cependant que " l'avenir seul peut montrer si cette réconciliation est, de part et d'autre, sincère ". Il signale aussi que les deux partis ont été unanimes à déclarer que rien ne se serait passé si le pays avait eu un gouvernement impartial et énergique intervenant avec un " bâton de fer " et avec une sévérité égale envers toutes les communautés.
La communauté druze apparaît très divisée, aux yeux du commandant militaire. L'influence des cheikhs et des émirs du Liban ne s'étend qu'à une petite clientèle. Seuls, ceux qui sont " au gouvernement " ou qui sont soutenus par lui, sont écoutés et suivis. Trois personnalités se distinguent par leur influence et par le soutien qu'elles apportent au gouvernement :

  • Fayez Bey el Hamad, caîmakam du Chouf, impartial et aimé de la population mais combattu par certains notables ;
  • Monseigneur Boustani, très aimé même des druzes, qui fait de son mieux pour faciliter la tâche du commandant militaire;
  • Madame Nazira Djoumblatt, nettement acquise au mandat français, dont le grand coeur et les qualités morales sont unanimement reconnus aussi bien par les druzes que par les chrétiens, et qui maintient entre eux, dans sa région, une harmonie que les incidents récents n'ont pas troublée.


Enfin, le commandant Coustillière insiste (2). lui aussi, sur la nécessité de se défendre contre l'influence chrétienne et sur le souci d'indépendance et d'impartialité. Il importe de montrer qu'on est là  " pour tout le monde "

3 - La poursuite du désarmement dans les cazas du Chouf. d'Hasbaya, de Rachaya jayoun et de Djezzin
Pendant ce temps, le désarmement se termine dans le Chouf où un dernier mudirieh  verse encore neuf cents fusils. Il se poursuit, à Hasbaya, Rachaya et se prépare à Djezzin.
A la date du 8 août, le désarmement est terminé dans les cazas du Chouf et de Djezzin. Il est dû en partie grâce à l'énergie et à l'autorité du capitaine Mailler qui a su prendre en mains les opérations le 21 juin et les a conduites avec " activité, tact et fermeté " ce qui lui vaut une lettre de félicitations du commandant en chef (2)..

A Rachaya et Djedeïdé (Merdjayoun) aussi, le désarmement s'est poursuivi. Il s'achève le 13 août. Dans le caza de Rachaya, un seul village a fait montre de mauvaise volonté, et dans celui de Merdjayoun, il a seulement fallu se montrer un peu sévère avec les prêtres qui venaient plaider pour leurs ouailles. Dans les deux cazas, l'officier de gendarmerie a rendu de bons services, le désarmement est alors terminé dans les trois cazas placés sous l'autorité du capitaine Farine. Le commandant Coustillière a apprécié la fermeté et la modération dont il a fait preuve et demande pour lui des félicitations.

Peu après, vers le 25 août, sur demande du commandant militaire, les opérations de désarmement sont terminées. Le ravitaillement des troupes cesse d'être assuré sur le pays aux tarifs  de  l'intendance, ce qui représente une lourde charge pour les populations, et est pris en charge à Beit ed Dine par l'intendance elle-même.

Bien que les armes aient été versées, le territoire du commandement militaire connaît encore des actes meurtriers.
Le 21 août, un cadavre est trouvé dans le caza de Rachaya ; le 26, à Baaklin, une tentative d'assassinat est commise pour une querelle de famille ; et le 1er septembre, à Aramoun (7 km NE de Dammour), deux clans échangent des coups de revolvers, sans conséquence sérieuse.
Le village est mis à l'amende de trente revolvers et cinquante livres pour n'avoir pas versé toutes ses armes.
Le 4 septembre, un meurtre est commis à coups de couteau aux environs de M'Telleh : dans la nuit du 10 au 11, un détenu dans la prison de Beit ed Dine tue un de ses codétenus et en blesse un autre à coups de couteau.

Mais ces crimes ressortissent au droit commun, ils ne traduisent aucune hostilité ou mésentente entre les diverses communautés. Au contraire, une réelle cordialité entre chrétiens et druzes se manifeste à Beit ed Dine à l'occasion du mariage, le 16 septembre, du caimakam (druze) auquel assistent Monseigneur Boustani et le commandant militaire.
Le lendemain, celui-ci accompagne le colonel Favereau dans une tournée d'inspection qui conduit les deux officiers à Djezzin et Saïda, où ils passent la nuit. Le 18, en se rendant de Saïda à Hasbaya, ils sont salués et escortés par les populations dans le caza de Merdjayoun puis, après avoir déjeuné à Hasbaya, ils rentrent à Beyrouth.


4 - Extension du commandement militaire - Fin du désarmement dans  le Liban Sud.

Quelques jours avant cette tournée, le 15 septembre, l'autorité du commandant Coustillière a été étendue au caza de la Bekaa pour y procéder au désarmement.
Les opérations effectuées par le détachement Farine commencent aussitôt et se terminent par la ville de Zahlé le 19 octobre sans aucune sanction ni mesure de rigueur... Au contraire, la ville de Zahlé, ayant peu d'armes, montre une bonne volonté toute particulière en en achetant spécialement pour pouvoir en remettre le nombre correspondant à son importance " Le mutessarif s'est montré parfait ", les fonctionnaires, les gendarmes, le commissaire de police ont fait preuve de zèle. Le désarmement terminé, le caza de Zahlé est rendu le 25 octobre à l'autorité civile.

Ce même jour, c'était au tour des cazas de Tyr et de Saïda d'être placés sous l'autorité militaire du commandant Coustillière en vue de leur désarmement.
Les détachements Farine et Mailler en sont chargés, le premier dans le caza de Tyr, le second dans celui de Saïda. Ils sont prêts à entrer en action le 1" novembre.
Avant même le commencement des opérations, des requêtes sont adressées au haut-commissaire. C'est ainsi que l'évêque maronite de Tyr fait écrire pour accuser les chiites et déclarer que les chrétiens n'ont pas d'armes.
A Nabatiyé, la résistance est sérieuse, il faut pour la réduire, arrêter trois notables...

Le commandant Coustillière rend compte que ce désarmement sera long et délicat mais que les deux capitaines, qui ont une solide expérience en la matière, le mèneront à bien.
Le désarmement du caza de Tyr se fait dans de bonnes conditions et prend fin vers le 20 novembre.

Dans celui de Saïda, si les opérations se déroulent bien à la campagne, il n'en est pas de même en ville où le nombre de fusils offerts spontanément est " ridicule " : 18 pour une population de 10.000 habitants. Fin  novembre, le commandant Coustillière se rend personnellement à Saïda et s'entretient avec les représentants des diverses communautés. Il écoute leurs arguments et maintient ses exigences : 300 fusils et 1200 revolvers.
Mais le désarmement reste long et difficile ; la communauté musulmane fait preuve d'une grande mauvaise volonté et il faut recourir aux amendes, puis à l'arrestation de dix notables pour la faire céder. Encore le commandant doit-il réduire ses exigences dans la crainte de se heurter à des impossibilités.
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- (1) - n° 506/B du 20 juil. - BI CTGL n' 1495/3 du 21 juil.
- (2) - Rapport succinct 7 - Il août nr 597/B du 11 août et rapport manuscrit au HC, n' 598/B du 13 août.
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Le désarmement du Liban sud est alors terminé. Il a rapporté les armes suivantes :

Sandjak - Caza

Fusils

Révolvers

Cartouches

Chouf, Djezzin

7617

1020

232280

Hasbaya, Rachaya, Mendjayoun

1979

144

25120

Tyr et Saïda

2490

2180

42800

Bekaa : Caza de Zahlé

2104

746

90500

Total (chiffres arrrondis)

14190

4090

390700

Mais ce désarmement aura-il un effet durable et sera-il salutaire ?

Un rapport de renseignements montre qu'il est possible d'en douter : il y aura toujours des armes au Liban tant que restera ouverte la route du Hauran. La façon dont a été conduite l'opération a eu deux résultats :

- augmenter le mécontentement de la population contre les autorités
- fournir une occasion aux malfaiteurs de se livrer à un trafic fructueux : celui des armes.
Pendant ces opérations de désarmement, le calme a régné dans l'ensemble du territoire placé sous commandement militaire, on signale seulement un assassinat et une rixe n'ayant aucun caractère confessionnel.
Pourtant, le commandant Coustillière n'écarte pas le risque de retour d'incidents graves ; les druzes, en effet, ne nous pardonnent pas de ne pas avoir retrouvé et arrêté la bande de brigands chrétiens et il est encore à craindre que quelques " illuminés " ne veuillent venger dans le sang leurs coreligionnaires. Il en résulte inquiétude et malaise.

5 - Inspection du haut-commissaire - Départ du détachement Farine.
Le 9 novembre, le général Weygand, accompagné du gouverneur du Grand Liban, visite le Chouf et Djezzin. Sur tout son parcours, il est accueilli avec chaleur, souvent même avec enthousiasme.

Le parcours du haut-commissaire, le général Weygand, le 9 novembre 1923

Kafer Him (4 km ONO de Baaklin), le mudir arrête la voiture du général pour le remercier et affirmer les sentiments francophiles des druzes.

A Deir el Kamar et à Baaklin, toutes deux pavoisées et décorées, la population se presse sur le passage du général et de longs et nombreux discours sont prononcés, affirmant l'attachement à la France, des chrétiens à Deir el Kamar, des druzes à Baaklin ; à Djezzin, où l'enthousiasme est à son comble. La foule entoure l'automobile du haut-commissaire et, de toutes parts, tombe une pluie de fleurs, de parfums, et de sucreries.

Entre Baaklin et Djezzin, le général s'arrête à Moukhtara pour rendre visite à Madame Nazira Djoumblatt et honorer le souvenir de son mari. Elle a rassemblé les personnalités religieuses et les notables d'un grand nombre de villages du Chouf qui remercient le général de sa visite et affirment leur dévouement à la cause du mandat. Ensuite, un déjeuner est servi.


Le commandant Coustillière estime que les manifestations de Deir el Kamar, Baaklin, Moukhtara et Djezzin représentent le " maximum d'enthousiasme " dont les " gens de la montagne " sont capables et que, en ce qui concerne les druzes, elles sont les premières auxquelles ils se livrent depuis le début de la présence française. Elles sont la preuve que la masse druze est " bonne et francophile " et que seuls sont dangereux les intrigants de Beyrouth qui cherchent à se faire passer pour ses chefs. Pourtant, malgré ce bel enthousiasme et ces sentiments unanimes à l'adresse de la France, les passions couvent encore dans la région et les haines se ravivent à toute occasion. C'est ainsi qu'à Barouk où doivent avoir lieu des élections municipales, la lutte est tellement passionnée que le commandant militaire donne l'ordre de les suspendre jusqu'à ce que les esprits se soient calmés. D'autres indices, querelles, menaces, montrent que le souvenir des meurtres du printemps n'est pas effacé.

En revanche, dans les cazas du sud, les esprits sont plus calmes, il est possible cependant que le départ du détachement Farine change la situation. Celui-ci, en effet, après avoir mené à bien le désarmement du caza de Tyr, reçoit l'ordre de partir le 1er décembre pour rejoindre Damas. Il y arrive le 9. Son départ ne change rien au calme de la région.

Entre Baaklin et Djezzin, le général s'arrête à Moukhtara pour rendre visite à Madame Nazira Djoumblatt et honorer le souvenir de son mari. Elle a rassemblé les personnalités religieuses et les notables d'un grand nombre de villages du Chouf qui remercient le général de sa visite et affirment leur dévouement à la cause du mandat. Ensuite, un déjeuner est servi.

6 -Le Liban sud après le désarmement - 1923 - 1924

La fin de l'année 1923 n'apporte aucun changement dans la situation. Le calme règne ; les populations paraissent vivre en bonne intelligence. Le commandant Coustillière, écrit pourtant que "le feu couve sous la cendre ". Un seul incident a eu lieu qui n'est sans doute qu'un acte de banditisme. Les deux groupes druzes, jaloux de leur influence, conduisent des intrigues internes entre représentants. Monseigneur Boustani est très malade, ce qui met toute la population en émoi. Néanmoins, dans ce climat encore un peu instable, le 1er janvier 1924 voit de nombreux témoignages d'attachement à la France, au haut-commissaire, et au gouverneur du Grand Liban, affluer chez le commandant militaire. Même des villages éloignés expriment leurs voeux ; seuls les cheikhs de Baaklin ne se manifestent pas.  

Les fonctionnaires et notables des cazas de Hasbaya et de Merdjayoun viennent aussi présenter leurs vœux à l'officier de renseignement. Les caïmakams (musulmans) des deux cazas vont ensuite rendre visite à l'évêque grec catholique pour manifester l'entente entre les communautés religieuses.A partir du 10 janvier 1924, le haut-commissaire décide que seuls les cazas du Chouf, de Hasbaya et de Merdjayoun restent sous le commandement militaire du chef de bataillon Coustillière.

Le lieutenant Deleuze est désigné comme officier de renseignement, résidant à Djedeïdé. Les moyens militaires sont réduits à un peloton de spahis stationné à Beit ed Dine en attendant qu'un groupe de gendarmes libanais puisse le remplacer. La section de tirailleurs sénégalais a quitté le Chouf en décembre, l'hiver y étant trop froid pour des troupes noires. Peut-être pour combler dans une certaine mesure le vide laissé dans les cazas de Tyr et de Saïda par le départ des troupes, un gros détachement y effectue une reconnaissance en février 1924. Ensuite, à deux reprises, en fin février et en mars, puis au début d'août, les menaces qui apparaissent à la frontière syro-transjordanienne conduisent le commandant en chef à prescrire des mesures de sécurité dans le sud du Liban près des frontières de Syrie et de Palestine.

En décembre 1924, dans une lettre au commandant en chef, le chef de bataillon Coustillière, toujours commandant militaire des cazas du Chouf, de Hasbaya et de Merdjayoun, plaide en faveur du maintien de ce commandement militaire. Il estime d'abord que l'état des esprits n'a pas changé, que la haine et la rancune y restent trop enracinées pour que nous ayons pu les éteindre, que la présence d'une autorité étrangère et indépendante est donc nécessaire pour pouvoir intervenir immédiatement.

Les cazas du Sud

En outre, le Chouf est le point sensible du Liban, c'est là que tend à s'appliquer l'action de tous les agitateurs de Syrie, de Palestine et de Transjordanie. Une action gouvernementale, enfermée dans un cadre légal, risque d'être trop tardive et inopérante. Si donc le Chouf est calme, c'est parce qu'il est sous le commandement militaire ; celui-ci retiré, les intrigues et les dissensions reparaîtront.
Dans le sud, ce commandement militaire est plus indispensable encore en raison de la proximité de la frontière palestinienne, des tentatives d'expansion sioniste et des liaisons entre druzes du Djebel et du Chouf par Medjel el Chems et Hasbaya, caza à majorité druze.


Enfin, les mutessarifs, caïmakams et fonctionnaires désirant le bien du pays, la population aussi bien druze que chrétienne, les chefs religieux et tous ceux qui veulent la paix et la tranquillité craignent de voir supprimer le régime d'exception militaire. Bref, il convient de ne pas se laisser tromper par le calme qui régne alors, conséquence de l'action du commandement militaire, mais qui cessera en même temps qu'elle.

Ces arguments ne réussissent pas à convaincre le haut-commissaire qui supprime le commandement militaire du Chouf à la date du 6 décembre 1924. Aucune mention n'est faite des cazas de Hasbaya et de Merdjayoun. Sans doute suivent-ils le sort du Chouf.
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