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Site de Jean-François Coustillière
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Présentation de la situation en Cilicie

Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937
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La Cilicie

Sa situation d'étape[1] sur la route du Levant valut à cette plaine basse et insalubre d'être peuplée dès le Paléolithique ; elle connut une brillante prospérité aux époques hellénistique et romaine. Ruiné par les guerres byzantino-arabes, le pays abrita aux XIIIe et XIVe siècles le royaume de Petite-Arménie, dernière expression politique de la nationalité arménienne. Aux temps ottomans, la Cilicie devient un terrain de parcours hivernal pour les tribus turkmènes estivant sur le plateau et retourne à une brousse marécageuse et paludéenne. La recolonisation n'eut lieu qu'à partir du deuxième tiers du XIXe siècle, avec des éléments humains variés : fellahs égyptiens, mūhadjir tcherkesses et turcs, Arabes Alaouites du djebel Ansarieh, Kurdes du Taurus oriental. Mais les nomades gürük et turkmènes, une fois fixés, fourniront l'essentiel de la population. Beaucoup de leurs villages sont encore semi-nomades : ils pratiquent, vers les quartiers d'été du Taurus, une longue migration que partagent d'ailleurs nombre d'habitants des villes.

La Cilicie[2] est la seule province d'Asie-Mineure où les chrétiens étaient les plus nombreux. Après les massacres de 1895 et de 1909, ils étaient encore 215.000 contre 185.000 musulmans. Les services administratifs du Haut-commissariat français recensaient en 1920, 120.000 Arméniens, 28.000 Grecs, ottomans pour la plupart, 5.000 Chaldéens et Assyriens, 100.000 Arabes ansarieh, 30.000 Kurdes et Kizilbaches contrebandiers, 15.000 Tcherkesses ou Circassiens éleveurs de chevaux, moins de 20.000 Turcs musulmans ; les Européens résidaient surtout à Mersine ; le commerce était aux mains des Arméniens et des Grecs. Cette population était peu nombreuse pour une contrée de cinquante mille kilomètres carrés, le dixième de la France, dont les montagnes portent deux cent mille hectares de forêts de chênes, de pins, de hêtres, de tilleuls et dont la plaine, plus fertile que le delta du Nil, produit du blé, de l'avoine, du sésame, du millet, du riz, du coton : la Cilicie récoltait avant l'exode des Arméniens, 1.850.000 tonnes de céréales, dont elle exportait 1.400.000 tonnes. Les plantations de coton produisaient 250.000 tonnes, quantité suffisante à l'industrie française ; les jardins bien irrigués qui entouraient alors Mersine, Tarsous, Adana, fournissaient en abondance des légumes, des grenades, des oranges, des citrons.
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[1] Source : Encyclopédie Universalis
[2] Source : site https://eliecilicie.net et « livre La passion de la Cilicie 1919-1922 » de Paul du Véou
La Cilicie
 

 
 
La position du commandant Coustillière

 
En début mars 1919, le commandant Coustillière arrive de France en Cilicie. Il est tout d'abord conseiller militaire auprès de la mission consulaire d'Adana en Cilicie puis doit réorganiser, sous les ordres du colonel Bremond, chef de la mission, la petite Arménie.

 
Il reçoit le commandement du Gaza autonome de Tarsous dont il sera gouverneur puis contrôleur pendant l'occupation de la Cilicie
Adana
 
photo Jacques Canuel, le petit-fils de Louis Canuel, soldat du Génie, appelé de la classe 19.. –- publié eliecilicie.net
 

Les perceptions des autorités locales

Les gouverneurs de Cilicie nommés par la France dans la zone française d’occupation au Sud furent, du 1er janvier 1919 au 4 septembre 1920, le colonel Edouard Brémond, et de septembre 1920 au 23 décembre 1921, le général Julien Dufieux.
 
La situation, début 1920, est effectivement confuse, à la fois du fait des alliés de la France peu enclins à la laisser exercer son contrôle sur les territoires qui lui ont été attribués par les accords de Sykes-Picot, mais aussi du fait de profondes divergences franco-françaises sur l’appréciation de la situation sur place tout autant que sur les objectifs à poursuivre notamment en Cilicie.
 
En effet, s'affrontent des analyses que l'on pourrait qualifier, pour résumer, de pro-arméniennes/chrétiens et pro-turcs/musulmans. Cette dénomination, trop contractée, est forcément réductrice. Cependant il est certain que l'analyse faite localement sur le devenir de la Cilicie n'est pas homogène. On retrouve cette divergence également à Paris, au sein même des instances décisionnelles. Quant au niveau local, le colonel Brémond et son état-major son plus portés à défendre une approche de type colonial orientaliste soutenant les Arméniens, tandis que le lieutenant-colonel Mougin, qui œuvre au sein des instances diplomatiques françaises à Istamboul, entretient des relations chaleureuses avec les Turcs francophones et défend une approche nationaliste turque avec souveraineté sur la province de Cilicie.  Le commandant Coustillière est proche des sensibilités du lieutenant-colonel Mougin …
 
A Adana, le colonel Bremond a en charge, depuis 1919, l'accueil des familles arméniennes rescapées des déportations, que les Alliés renvoient en masse vers la Cilicie.
 
Cependant, le traité de paix n'est pas encore signé, et le sort de la Cilicie est en suspens : restera-t-elle turque ou sera-t-elle arménienne ? Le colonel Bremond est particulièrement sensible au sort des Arméniens qui ont tant besoin de son aide et de sa protection. Il voit le mouvement kémaliste se constituer et progresser, dans la continuité du mouvement Jeunes Turcs. (référence https://eliecilicie.net/bremond.htm).

  
Les forces françaises

En Cilicie, trois bataillons d'infanterie et quelques escadrons de chasseurs d'Afrique sont présents et s’emploient à remplacer les forces britanniques qui tardent à céder la place dans les territoires placés sous responsabilité française par les accords Sykes-Picot. C’est chose faite au cours du mois de novembre 1919. Des postes français sont alors établis à peu près partout, certes peu étoffés mais présents. Là où est installée une section française, elle peut remplacer plusieurs bataillons indiens qui jusqu’alors assuraient la présence britannique... Mais de nouvelles forces sont rapidement envoyées et  les forces françaises de Cilicie se composent finalement de cinq régiments d'infanterie : un métropolitain, le 412e, un sénégalais et trois algériens. On trouve également des unités indochinoises, malgaches, des spahis ... En décembre, l'Armée Française du Levant est formée de deux divisions. L'une a son quartier général à Adana, en Cilicie.  Les unités sont accompagnées de gendarmes qui traditionnellement sont chargés de maintenir l'ordre dans les régions occupées militairement, au sein des troupes comme dans la population locale et sont associés à des auxiliaires locaux qu'ils encadrent.
 
C'est le 8 avril 1919 qu'une note de service constitue la prévôté des Troupes Françaises du Levant en Cilicie. Le 23, trois chefs de brigade sont désignés, suivis d'un quatrième quelques jours plus tard. La prévôté doit être constituée d'une brigade à cheval et de trois brigades à pied. Le 10 mai, douze gendarmes à pied et douze gendarmes auxiliaires venus de la force publique de Constantinople viennent les renforcer. D'autres suivent jusqu'en octobre 1919.
 
A ce moment, la prévôté de Cilicie comprend celle de la 1 56e Division d'Infanterie, l'ancienne prévôté de Cilicie et les gendarmes des services administratifs. En tout, 41 hommes.. Certains de ces gendarmes servent d'instructeurs à des unités de gendarmes libanais, syriens ou arméniens[1].
 

   [1] Le Lannou Yves. Gendarmes français en Cilicie (1918-1922). In: CEMOTI, n°28, 1999. Turquie Israël. pp. 187-206 ;doi : https://doi.org/10.3406/cemot.1999.1496 ; https://www.persee.fr/doc/cemot_0764-9878_1999_num_28_1_1496
 
 
Tarsous, vue générale, on distingue les massifs montagneux au Nord
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