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Site de Jean-François Coustillière
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Le col du Bonhomme décembre

Témoignages > Journal de marche de Paul Coustillière
Le Col du Bonhomme
10, 11 et 12 Décembre 1944
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L’escadron était cantonné à Fraize, à trois kilomètres du col. Depuis 8 jours le froid était vif et la neige tombait sans arrêt.
Le 10 dans l’après-midi on tente une première reconnaissance du col. Les blindés se frayent un passage à travers un chemin transformé en rivière de glace, qui grimpe entre les forêts de sapins.

A deux cents mètres du col les voitures sont arrêtées à la sortie d’un chemin creux. On tombe à la fois sur un barrage de mines anti-personnel et des barbelés. Les mitrailleuses boches allument tout ce qui bouge. A notre droite le premier escadron est accroché sérieusement. A la tombée de la nuit, ayant jugé la partie difficile, on décroche et on se replie au Haut Barançon.
Le 11 au matin les blindés remontent. On prend la précaution, cette fois, vu les flancs boisés que nous dominons, de nous faire protéger par deux patrouilles à pied qui nous flanquent à droite et à gauche. Nouvelle prise de contact qui dure toute la journée. Nos braves spahis, couchés dans la neige, observent, mais ne peuvent trop bouger, tant l’ennemi averti les guette.

Dans la soirée on évacue plusieurs « pieds gelés ». Le soir devant le danger d’un encerclement qui se précise de minute en minute, on se décide, à la nuit tombante, à un décrochage, à la fois délicat et difficile. L’ennemi reprend tout son mordant, et nous allume de partout. Le brigadier P…, monté sur le capot d’une A.M., a son fusil coupé en deux par un éclat, le spahi M…. est blessé à l’épaule …
Rendu à nouveau au Haut Baraçon, le chef de peloton demande pour le lendemain, l’appui des fantassins.

Le 12, nouvel essai. Hier soir le colonel a parlé : « Il faut que le col soit pris ». Lentement, la file de blindés remonte entre les deux files des F.F.I.. Comme la veille pas moyen d’apercevoir les Frits blancs, terrés dans leurs casemates. Nos vaillants M/8 groupés dans la vallée, effectuent un tir d’artillerie, et nous rejoignent ensuite. On tire au hasard sur les points de défense ennemis, sans grand résultat. La section de droite est arrêtée dans les forêts, à notre hauteur, celle de gauche progresse, et dépassant sa mission, s’en va dans un vaste mouvement tournant, aboutir au village du Bonhomme.
11 heures. Le ciel s’assombrit, et soudain, une tempête de neige s’abat. On ne voit plus à 5 mètres. Chacun se terre dans son véhicule, ou dans la neige, et guette, sur la défensive, car l’ennemi qui nous domine, s’enhardit et nous allume de près. Vingt minutes après, coup de théâtre.  Le soleil éclaire le col, la tempête s’arrête avec la même soudaineté qu’elle était venue. Le maréchal des logis D…., de son A.M. a repéré, grâce à une imprudence de l’ennemi, le nid pivot de la défense adverse, et pendant 5 minutes, chars, A.M. et mortiers l’arrosent.
Le capitaine nous rejoint au bon moment, et soudain, notre chef de peloton donne l’ordre sec de foncer sur le col « Chargez ». Les véhicules s’ébranlent sans se soucier des barbelés et des mines. Le « Pirate » part en tête, protégé par le feu de « Porthos II ». On risque le tout pour le tout. La défense adverse s’anime, mais déjà le char de tête est à la hauteur des casemates et tire sur elles à bout portant. Des boches, pleins de terre et de sang, sortent, laissant des morts et des blessés. Encore cinquante mètres. Les panzerfausts sifflent et arrachent les rouleaux de couvertures fixés sur les ailes des blindés. C’est en vain, on fonce toujours. Le capitaine, un brave, tué depuis en Allemagne, et le chef de peloton, suivent en courant la voiture de tête, les hommes les imitent.
Les mines pleuvent maintenant, et tout à l’heure, deux tomberont sur deux jeeps, faisant des morts et des blessés. Heureusement, que faute d’observation, l’ennemi tirera au hasard, et allongera son tir ; nos voitures auront dépassé le terrain qu’ils battent.
On débouche sur le col, déjà des braves ont sauté à terre et s’embusquent, car les balles sifflent encore d’un peu partout. Peu à peu la fusillade s’apaise, les boches fuient, occupant d’autres points de leur défense élastique, et les vingt-cinq hommes qui se sont battus depuis trois jours veilleront encore toute la nuit pour parer au danger d’une contre-attaque, et attendre le renfort.
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