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Site de Jean-François Coustillière
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Bulletins renseignements fév.1926

Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937 > Soueida - 1926
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30 janvier 1926 - bulletin de renseignements N° 23.

Lundi 25 janvier 1926, le général Andréa et le lieutenant-colonel Vincent se sont rendus à Bosra Eski Cham, où ils ont été l’objet d’une réception enthousiaste de la part de la population. A la gare, une foule nombreuse de cavaliers et de piétons ainsi que des musiciens rustiques. Dans les rues du village pavoisées, toute la population massée applaudit le représentant du gouvernement mandataire.
Les cheiks du Hauran venus à Déraa avaient en grand nombre pris le train pour accompagner le général Andréa qui rendit visite à Fares Bey el Atrach, président de la municipalité, cheikh Mansour el Mogdad et à cheikh Mostafa el Mogdad.  Partout il faut reçu avec les témoignages de la sympathie et de la reconnaissance ; les cheikhs renouvelèrent leurs protestations de fidélité au gouvernement mandataire et leurs revendications contre le gouvernement de Syrie. Le général visita l’école misérable installée dans une ancienne mosquée et le dispensaire, bien pauvre.  Il promit de veiller à ce que désormais Bosra soit moins abandonnée.
Le retour à Deraa s’effectua en draisine dans de bonnes conditions.  La gendarmerie avait convenablement assuré son service de garde de la voie.
Djebel druze – Chrétien revenu d’Aéré le 26 au soir.
Le détachement de gardes-frontières atteindrait le chiffre de 150 hommes. Leurs principaux postes seraient Kharaba et Oum Oualed. Les soldats porteraient un brassard rouge avec l’inscription « soldat défenseur de la Patrie ».
Source – berger revenant de Dibine –. Les cavaliers venus incendier la maison de Fares Bey étaient au nombre d’une centaine.
Etaient présents : Abdulghaffar Pacha el Atrach, Sayah Hammoud el Atrach, Hamzé Derwich, Brahim Nasser, Abou Kindj, Hail Amer, Chekib el Kontar. Sultan est venu en auto.
Hamed et Youssef el Hadjari, chefs religieux et quelques autres venus de Soueida pour protester arrivèrent en retard.  Le feu allumé deux fois s’éteignit seul, ce qui est un mauvais présage druze.  Hamzé protesta alors mais le chauffeur du sultan monta sur le toit, fit un trou et versa de l’essence.  Le 1er étage a brûlé.  Les femmes de Fares Bey et de ses fils insultèrent Sultan en public l’accusant de mener le pays à la ruine. L’essentiel de la maison a été préservé grâce aux Adjaouids[1] présents à l’intérieur et Abdulghaffar Pacha.  Les cavaliers passèrent la nuit à Dibine et partirent le lendemain à Mejeimer.
Motif de ces représailles – contre propagande.
Dibine est plus spécialement surveillée. Quiconque rentre ou sort est fouillé surtout ceux qui ont des attaches avec Fares Bey, même les femmes sont fouillées par les femmes.
On dit à Dibine que les Druzes ont formé un gouvernement et qu’ils vont créer une force de 1.000 cavaliers payés 3 livres-or par mois grâce à un impôt d’une livre-or par Feddan, dont un medjidieh a été perçu ces jours –ci.  Cette force fournit des postes de surveillance de 2 ou 4 cavaliers et des pelotons de poursuite.
On dit qu’une lettre d’Ibn Seoud est arrivée.  Un ami de Fares Bey l’aurait copiée et enverrait la copie dès que possible.
Moudchem Ghalan avec 3.000 méharistes et 500 cavaliers ont razzié vers le 17 janvier la fraction Messaid de Muslem Ibn Ehdeib à 3 heures de marche au nord-est de El Ezrak à l’ouest du lieu-dit Rajel Abguéhaouié.
Succès complet.  Hommes et femmes Messaid sont partis les mains vides. Le butin comporte 60 tentes, 300 chameaux, 3.000 moutons.
En gardant le bétail, j’ai vu le 23 un bédouin je crois wahhabite de la fraction Ibn Atyé venant du sud et allant voir Sultan.  Je n’ai pu savoir de lui s’il avait des lettres ou non.  Je lui ai demandé si Ibn Seoud vient.  Il répondit : ses forces ne dépasseront pas El Azrak et Zerga.  Le chérif sera détrôné.  Il suffit.
Au sujet relations entre D.D. et Transjordanie.
Il y a une auto (probablement Ford) qui circule tous les jours.
Une auto est allée le 24 de Transjordanie au Djebel et revenue le 25.  Deux hommes la montaient.  Ils ont eu une panne au S.O. de Soumakiat et ont passé la nuit chez le bédouin Idamat campant à cet endroit.
Il ne se produit pas de circulation chamelière.
Fin décembre, 7 à 8 chameaux chargés sont venus à travers terrain à l’est d’Oum el Djemal et en longeant l’oued el Agueb à l’ouest.
Recrutement de renforts.
Le 26 on recrutait à Soueida des renforts pour les bandes de Damas et de Hama.  On y signalait déjà 30 volontaires sous le commandement de l’ex-capitaine Faousi Bey et de Hekmat Rassli (Damascain).
Une bande druze (50 cavaliers environ) venant du Nord a essayé de passer la nuit du 27 au 28 à Kafer Chams.  Le village a résisté les poussant vers le Sud.
 
Signé : le chef du SR de la colonne E. Coustillière
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[1] Adjaouids : mot arabe qui signifie les grands du pays, les dignitaires.



Site http://www.renaultoloog.nl
 une draisine 1923

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16 février 1926 – extraits du bulletin de renseignements N° 40
 
Le 15 février des notables du village de Nejran se sont présentés à Daraa, apportant la mazbata[1] de soumission de ce village. Ils ont reconnu que des membres de leurs familles cheikhs à Nejran sont à Soueida auprès de Sultan.  Ils se sont engagés à ne plus les recevoir.
Il semble que des Druzes reçoivent de nombreux chargements de munitions venant de Transjordanie.  Il y aurait aussi à Soueida une centaine de Druzes vêtus de vestes rouges et manœuvrant militairement.
Les Druzes seraient lassés de la lutte souffrant de la fin et de la misère ils se repentiraient de s’être engagés dans l’insurrection et ne résisteraient que contraints par leurs chefs.
A Soueida une dizaine d’étrangers richement vêtus circuleraient dans une automobile.  Sultan Atrach se tiendrait habituellement à Soueida.  Toute approche de Sultan Atrach serait sérieusement surveillée et une dizaine de personnes auraient payé de leur vie leur trop grande curiosité à s’enquérir de ses allers et venues.
 
Signé :  E. Coustillière
 

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[1] Mazbata : certificat

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17 février 1926 – situation politique au 15 février

La période écoulée a été caractérisée par une grande activité politique aussi bien au Hauran qu’au Djebel druze.
Les cheikhs de Hauran représentant la totalité de la population ont été admis à présenter, à Damas, leurs requêtes à M. Le Haut-commissaire qui leur a réservé un accueil flatteur qui les a très favorablement impressionnés.  Ils ont demandé avec insistance l’autonomie de leur province et son rattachement au Haut-commissariat ; toute promesse d’amélioration de leur situation est à leurs yeux sans valeur tant que la question principale, la rupture des liens les attachant au gouvernement de Damas, n’aura pas été réglée.  Ils ont demandé « le droit de vivre » et, si forte que soit l’expression, elle ne dépasse pas leur pensée car ils estiment impossible d’entrevoir une vie meilleure tant qu’ils seront rattachés à la Syrie.  Compte-tenu des excellentes dispositions ainsi manifestées, il n’a plus paru nécessaire de laisser le Hauran soumis à l’état de siège.  Celui-ci a été levé le 14 février et cette mesure a produit une excellente impression dans le pays, dont les cheikhs maintenus en résidence forcée à Deraa ont été remis en liberté.
Le pays va être appelé à élire librement ses représentants et ceux-ci diront s’ils confirment, au nom de leurs mandats, les termes des requêtes remises par la délégation hauranaise qui comprenait d’ailleurs les 3 députés actuellement en fonction.
L’escadron de partisans hauranais a été renforcé de 50 hommes provenant par moitié des clans Rifki et Mhamid. Les premiers ont eu avec des bédouins du Djebel et des Druzes un accrochage sévère qui a valu à ceux-ci 20 tués laissés sur le terrain.  Les renseignements recueillis depuis font connaître 10 blessés morts des suites de leurs blessures et 15 blessés dont l’état est encore très grave.
Cette affaire excellente en elle-même l’est encore plus au point de vue général car elle brouille pour longtemps les Hauranais et les Druzes séparés par une mare de sang.
Les bédouins du Léja, ceux du cheikh Talal Abou Sleiman en particulier, ont fait preuve d’une très grande activité et ont causé aux Druzes de sérieux dommages, tant en bétail et butin de toutes sortes, qu’en hommes et en chevaux.  Depuis le 11 février, les Druzes font courir le bruit qu’ils vont attaquer le Léja avec de grandes forces pour obliger les bédouins slouts à restituer le butin et à payer le prix du sang ; pour occuper également le Léja et dominer la voie ferrée DeraaDamas.  A notre avis, les rassemblements druzes sont destinés à la Ghouta et à l’Hermon … s’ils ne se dispersent pas d’eux-mêmes, et le rassemblement est utilisé pour pratiquer un véritable chantage sur les bédouins qui, nul ne l’ignore, sont pillards comme des chacals et pas très braves devant une attaque en forces.
A l’intérieur du Hauran, malgré les bonnes dispositions dont font preuve les cheikhs, une stricte surveillance s’impose, en raison de la versatilité du caractère oriental et des intrigues, toujours possibles, des agents des comités nationalistes et extrémistes.
Une certaine émotion s’était manifestée à la nouvelle de l’approche des wahhabites.  Elle est calmée aujourd’hui que la plupart des notables paraissent avoir compris que le trône de l’émir Abdallah serait seul actuellement menacé, avec l’assentiment tacite de l’Angleterre.
La mesure dictée par la carence des Damascains et qui a consisté à faire assurer l’expédition des affaires par les autorités françaises a été accueillie avec joie par une population qui a de tout temps souffert de l’injustice des gouvernements musulmans turcs et bédouins.
Au Djebel druze sentant se développer la lassitude et le désir de se soumettre au gouvernement qui ramènerait l’ordre et la prospérité, Sultan el Atrach et ses compères ont recouru à la terreur. Les derniers chrétiens résidants au Djebel ont été pillés et expulsés ; leurs maisons ont été sinon entièrement détruites, du moins gravement endommagées de même que celles de tout individu, quel qu’il soit, soupçonné de pencher vers la soumission ou d’avoir des relations avec les représentants du gouvernement mandataire.
Tant est grande la force des liens occultes qui unissent les Druzes entre eux que les Amer eux-mêmes n’ont pu empêcher le pillage des biens des chrétiens et l’incendie des maisons de certains membres de leurs familles.  Seuls les partisans du cheikh religieux Mahmoud Abou Faker et les Halabi ont résisté, ou averti qu’ils résisteraient par la force, ce qui a suffi à arrêter les bandes de Sultan.
En même temps, les routes du sud étaient et sont encore toutes coupées et gardées sérieusement pour interdire les communications avec Bosra Eski Cham d’où part la propagande de Fares Bey el Atrach qui inquiète vivement Sultan.
Le bruit des déclarations fermes et claires faites par M. Le Haut-commissaire à Damas a retenti jusqu’au Djebel où la déception a été grande de constater que sans faiblir nous restions sur nos positions, résolus à obtenir une soumission et non à négocier une paix.  La lettre adressée au peuple druze par M. le Haut-commissaire est parvenu à destination.
Les dirigeants du mouvement druze paraissent avoir voulu d’abord y répondre par des actes : les guerriers ont été convoqués soi-disant pour marcher sur le Léja.  En réalité de nombreux détachements ont déjà pénétré dans la Ghouta[1] pour participer à une attaque générale sur Damas.  Mais le recrutement ne va pas tout seul, beaucoup d’hommes désertent et reviennent dans leurs villages où ils sont poursuivis par les gendarmes de Husni Saker.  La lassitude et la misère sont réels ; Sultan et ses complices étrangers dominent par la terreur et peut-être verrons-nous se lever un jour où un parti opposé revendiquera les armes à la main le droit de se soumettre au gouvernement légal.
Actuellement, malgré les rigueurs des chefs rebelles le mouvement de soumission parait reprendre : les notables de Nejran ont apporté la soumission de leur village et se sont engagés à fournir des partisans lorsque la question aurait été mise au point avec les autres villages soumis. Une conversation a pu être engagée avec les chefs druzes les plus influents de Ahiré et nous pouvons caresser l’espoir de voir le Djebel se diviser peut-être avant l’approche de nos colonnes.
Le docteur Chahbandar est revenu au Djebel, rentrant d’Egypte ou de Transjordanie.  Les premiers renseignements le montrent comme assez dépité. La période s’ouvre d’assez fâcheux auspices : activité des bandes, menace sur Damas et sur le Léja, sera sans doute intéressante et riche en tractations politiques.
Nous les suivrons avec attention et une inébranlable résolution de ne pas nous écarter de la ligne de conduite à nous tracée jusqu’à aujourd’hui.

Signé : E. Coustillière
 

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[1] Gouta :  le mot arabe ghouta signifie oasis, dépression — désigne les terres cultivées qui entourent Damas

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18 février 1926 – bulletin de renseignements N°42 – 248/G/D

Calme dans toute la région sur laquelle tombent, depuis 24 heures, des pluies abondantes.la nouvelle que le train de Palestine a encore déraillé aux portes de Damas le 17 au soir provoque une certaine émotion dans la population. On remarque que le train de Haïfa parvient régulièrement à Deraa avec une ou deux heures de retard, ce qui le fait arriver à Damas en pleine nuit et on se demande si ce retard n’est pas voulu.
D’après un informateur occasionnel, les chefs druzes auraient l’intention de créer une diversion pour retenir les colonnes françaises hors du Djebel jusqu’à ce que les moissons soient faites. Pour cela, il aurait été décidé de créer un foyer d’agitation très sérieux en un point éloigné du Djebel de façon à obliger le gouvernement à envoyer ses troupes à cet endroit. Ce serait pour ce motif que les Druzes se déplaceraient en ce moment vers le nord.
Wahhabites (d’après un commerçant de Deraa, très sérieux qui a plusieurs représentants en Transjordanie).
Une force assez importante de Wahhabites serait installée dans le Ouadi Moussa (Arabie Tétrée) sud de Maan.
Le gouvernement transjordanien aurait été chassé de Maan. Riza Pacha Rikabi, envoyé pour y rétablir l’ordre, n’aurait pas réussi.
La majorité de la population transjordanienne estime que les Wahhabites sont d’accord avec les Anglais et que le but de ces derniers est de leur laisser prendre la Transjordanie puis de les pousser sur la Syrie dès les premiers jours du printemps.
Les Anglais jouent la comédie, disent les notables d’Aman, ils laissent envahir la Transjordanie pour pouvoir dire plus tard, en cas d’attaque des Wahhabites sur la Syrie, qu’ils n’ont pu intervenir ayant été eux-mêmes obligés de s’incliner devant la force.
Riza Pacha Rikabi, anglophile convaincu, fait le nécessaire dans le pays pour que la marche des Wahhabites ne soit pas entravée.
Source Ezra – (sous réserve) d’après le mouktar de Bosr el Hariri, Sultan serait venu le 14 avec quelques cavaliers à Aéré, causer de l’attaque du Léja, après-midi, se rendant vers le sud.  Il croisa sur la piste les bœufs de Nejran, le groupe fut alors pris sous le feu du 75 de Bosr el Hariri, 5 bœufs, 1 âne furent tués.  Des précisions sont recherchées.
(Sous réserve) un bédouin rentrant de Soueida raconte que vers le 10 un chérif et un envoyé d’Ibn Seoud se sont rencontrés et mis d’accord pour aider les Druzes. Ils sont allés au-delà de Mezraa et auraient emportés neuf têtes de morts dans un sac, sans doute pour propagande. Ils se déplacent dans une automobile blanche.
Nota du chef de renseignements de la colonne : la présence d’un chérif hachémite a été signalée ainsi que sa visite au champ de bataille de Mezraa pour recueillir des trophées.
Source Bosra – un chrétien venu d’Orman signale que ce village, le plus éprouvé depuis l’insurrection druze, a été invité par Sultan à fournir aux bandes le quart de sa population masculine.  Lorsque Sayah el Hammoud est venu pour les enrôler, un notable nommé Saïd Rozk s’y est vivement opposé prétextant qu’il ne reste plus de bras pour travailler au village.  Il aurait réussi à ne donner que le 1/8.  Dans beaucoup de villages du Makran-sud, le même fait semble s’être produit, ce qui incite à croire que la population serait lasse de cet état de choses.
Cet informateur rapporte qu’une conversation aurait été tenue il y a 8 jours à Orman entre Sayah el Hammoud, Hamzi Derwich et Saïd Rozk : « les Druzes s’attendent d’un jour à l’autre à l’attaque des Français et à l’entrée de leurs colonnes dans le Djebel. Ils pensent pouvoir se réfugier en Transjordanie à Kasr el Azrak. Ayant envisagé les difficultés que pourraient leur créer les Anglais en Transjordanie, ils ont pensé que l’amitiés des Slouts pourraient leur être d’une grande utilité et leur garantir un refuge.  C’est pour cette raison qu’un accord aurait été conseillé à Sultan plutôt qu’une guerre avec les cheikhs du Léja ».
Un informateur donne comme certain ce qui suit : « dimanche à midi, Sliman Atrach d’Oum er Rouman, Mooteb et son fils Youssef, avec 25 cavaliers druzes se trouvaient dans la région d’Oum Oualed, Karaba dans le but de tendre une embuscade à Turki Bey, lieutenant de gendarmerie, qui aurait reçu la mission de faire la police aux alentours d’Oum Oualed.  N’ayant rencontré personne autre qu’un enfant, ramassant de l’herbe à Karaba, Mooteb écrivit une lettre qu’il remit à cet enfant lui ordonnant de l’apporter immédiatement au mouktar du village de Saoué el Kam (sud-est de Méssiffré).  Par cette lettre, Mooteb prévenait le mouktar qu’il serait son hôte le soir même. Ce dernier aurait répondu qu’il ne pouvait l’accepter dans son village par crainte du gouvernement. Mooteb ordonna aussitôt à ses cavaliers d’aller attaquer le village.  Des coups de fusils furent échangés entre Druzes et villageois ; ceux-ci auraient même poursuivi les cavaliers de Mooteb qui ont pris la fuite en direction d’Aéré (pertes druzes : Saddallal Akel, un cheval tué).
D’après un informateur sérieux, les drapeaux partis avec les abandes vers le nord auraient été ramenés à Soueida lundi soir, et que les gens seraient ensuite rentrés dans leurs villages.  Cet informateur est plus affirmatif en disant que Sultan avec 400 cavaliers et les chefs ci-après : Hamzi Derwich, Fadallah Atrach d’Oum er Rouman, Yadalal Atrach de Salkhad, Noyes Derwich d’Effiné, Ali Bey de Kaisama, Sadallah Mooteb, d’Abou Zrick, Abdallah Gegamé de Tel el Loz et Abdallah … ? de Hout, sont actuellement en tournée dans le Makran-nord ; but : relever le moral fortement atteint de la population de ce Makran.  La formation de la bande qui devait être commandée par Toufik Bey el Atrach est confirmée.  D’après un informateur, ce détachement serait composé exclusivement de cavaliers volontaires, payés à raison de 3 livres-or.  Ce serait une sorte de groupe franc à la disposition de Sultan, et susceptible de remplir les missions les plus périlleuses.  Toufik Bey aurait refusé de prendre le commandement de ces bandits.
Après le bombardement de Soueida, Mohamed Abou Assuley dont le neveu a été tué par une bombe, aurait manifesté publiquement son antipathie pour Sultan et ses acolytes.  Il les aurait injuriés en les incitant à faire leurs réunions ailleurs à l’avenir.  Les dégâts matériels causés par le bombardement du 12 s’élèverait à plus de 200.000 P. turques.
 
Signé : E. Coustillière


Photo Wikipedia
 Carte Djebel druze

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20 février 1926 – bulletin de renseignements N° 43.
 
Rien de nouveau à signaler dans la région.  Sur un nouvel effort de Sultan, d’Adel Arslan, de Chaabandar et consorts, des bandes druzes sont à nouveau rassemblés à Ahiré, Kharsa, Dama avec pour objectif le Léja et la voie ferrée dans les directions de Khabab-Bassir.
L’escadron de partisans hauranais et la gendarmerie mobile de Deraa sont à Mahadjé (Mogdad sur la carte) avec des avant-postes vers Sour el Léja.  Les bédouins de Talal renforcés par des habitants de Khabab sont prêts à résister à l’attaque. Les villages Cheikh Meskine, Sanamein, etc. … prêts à venir à la rescousse.
Les contingents du Ouadi Lioua n’étaient pas arrivés le 19 au soir.  L’émotion soulevée le 18 par la rupture de la voie ferrée, des nouvelles fausses arrivées on ne sait d’où, et par les nouveaux rassemblements druzes paraît dissipée et l’attaque druze, si elle se produit, paraît n’avoir que peu de chances de réussir.
Source Ezraa : Ahmed el Ghossein a envoyé deux bédouins à Mesmyé pour téléphoner à Ezraa que les Druzes bien munis de ravitaillement vont attaquer le Léja en deux groupes : un sur Sour el Léja, l’autre sur Mesmyé, dans la nuit du 19 au 20.  Il demande des armes ou du renfort si possible ; il passera la nuit dans le village de Mesmyé.
Un informateur de Bosr el Hariri confirme ces détails sur l’attaque et la demande de ce matin de Hassan Abou Suhan auprès des bédouins.
Un informateur musulman qui a quitté Chaaba dans la nuit du 18 au 19 est passé par Breiké, Aéré, Douéré, Bosr el Hariri, a vu de nombreux cavaliers à Breiké et Aéré.
Sultan avait envoyé d’Aéré une lettre à Talal Amer à Chaaba lui recommandant d’envoyer des piétons à Samia et des cavaliers à Aéré, lui communicant qu’il est d’accord avec les bédouins, qu’il veut occuper Khabab et détruire la voie ferrée, recommandant aux hommes d’avoir des provisions et des tentes pour le séjour.
L’informateur a appris que les drapeaux et guerriers de Malah, Imtan et el Harissé sont passés par Rimet el Lokft commandé par Hamzé Derwich.  La présence de Sultan à l’entrée du Léja serait certaine, réclamée par les Druzes comme prote-chance en 1920.
 
Déclaration de Metkab ben Ali Moustafa, mouktar de Tiré, rentrant de Amman.
« Je suis allée à Amman le 7 février ; j’ai vu Salman bou Fadel de Soueida, accompagné du nommé Rachid Druze. J’ai demandé à Salman « êtes-vous ici depuis longtemps ? – oui – qu’y faites-vous ? – nous venons apporter des lettres de Sultan à des gens d’Amman … ».  J’ai constaté qu’ils venaient d’acheter des munitions et des fusils.  Ils avaient avec eux une automobile Ford N°42.  Le 10 février, ces Druzes se sont dirigés sur Madaba, je suis parti à leur poursuite, j’ai pris l’hospitalité chez les Kassars, j’ai demandé s’ils avaient des fusils à vendre, ils me montrèrent des fusils anglais pour 3 livres-or, et des fusils allemands pour 4.  J’ai répondu que c’était cher ; ils ajoutèrent qu’avant mon arrivée des Druzes étaient venus en acheter à ce prix ; j’ai passé la nuit et je suis retourné à Amman.  Le 11 février, je suis allé à la direction de police faire viser mon passeport ; le directeur Chavakatte Bey commença à m’interroger en me demandant des nouvelles « puisque vous êtes hauranais, est-ce vrai que le Hauran va se séparer de la Syrie ? – j’ai répondu oui – qu’est-ce que vous venez faire ici, je croyais que vous veniez pour acheter des fusils et des munitions ? – j’ai répondu non, je viens rembourser les dettes – est-ce qu’il y a des renforts au Hauran ? – oui, il y a plusieurs postes dans le Hauran et des renforts considérables. »
J’ai constaté qu’il y avait chez lui une auto chargée de fusils et de munitions confisqués appartenant à des Druzes, un Druze nommé Saïd Namo était arrêté avec l’automobile.  J’ai appris que Chaabandar est venu à Amman pour aller en Egypte, on ne l’a pas laissé y partir.
J’ai appris que Nessib Bakri est venu à Amman où il prit l’hospitalité chez un Damascain, le gouvernement voulait l’arrêter, Nessib, prévenu, pris la fuite ; ces renseignements je les pris d’un nommé Ahmed Mitwaly.  
J’ai appris de deux gendarmes originaires du Hauran que les automobiles chargées de fusils et de munitions viennent de Jérusalem, le gouvernement fait semblant de les arrêtes, mais en réalité ils partent en liberté pour le Djebel druze.
Lorsqu’il y a eu la défaite de l’armée hachimité, deux médecins sont partis pour le Djebel, accompagnés de 7 officiers de l’armée vaincue.
J’ai vu Fares Moufareg Druze du Djebel à Aman, agent personnel de Sultan en train d’acheter des fusils.
Le bruit d’après lequel Ibn Seoud voulait venir à El Azrak est absolument faux. Les bédouins du Ouadi Moussa se sont révoltés contre le gouvernement à cause d’un terrain qui va être pris pour les juifs.
Riza Rékaby est parti à Maane le 12 pour cette affaire ; il revint à Amman avec Jhalet Chaala, (Moutassaref de Maane) le 14, j’ai appris qu’il était parti pour acheter le terrain discuté.
J’ai appris que le cherif Abdulla a reçu chez lui la famille de son frère Ali qui est parti à Bagdad. Abdulla actuellement n’a aucune influence, il doute de sa situation.
Le nombre des morts par bombardements aériens à Soueida serait de 33.
Le bédouin émissaire qui a eu le poignet coupé se nommerait Kassem.
L’informateur a appris que les individus suivants sont parmi les membres du nouveau mejles :
Abdulghaffar el Atrach de Soueida, Ibrahim Nasser de Nejran, Ahmed et Youssef el Hadjiaridé de Kanaouat, Mesrad Sahnaoui de Rédéimé Cherguié, Mahmoud Abou Yahia de Chakka.
Le lieutenant Kernag s’est porté à Sour el Léja où il a trouvé les bédouins rassemblés ainsi que des renforts de Khabab.  Il a envoyé un avant-poste à Jedel qui fera au petit jour une reconnaissance en direction de Dama. Il est rentré à Mahadjé où sont arrivés Hadj Mahmoud et Holo el Hamad de Cheikh Mesquine, oncles d’Ismail el Hariri.  Il se reportera à Sour le 20 au matin.
Averses violentes continuant à détremper le sol.
Un bédouin informateur envoyé dans l’est du Léja a rencontré près de Loubbein des bédouins du Djebel Druze de la région.  Les Druzes sont d’après eux rassemblés à Aéré, Kharsa, Ouakem et Samia.  Ils seraient 700 au plus dont des bédouins chassabé de la région Kanaouat Soueida.
Les gens du Ouadi Lioua n’étant pas venus, Sultan est parti ce matin 19 par Oum Zeitoun, Souimré, Métouné avec quelques gros personnages ; ils passeraient la nuit à Kholkholé.  Les Hallabis et les Méghouech sont signalés comme d’accord pour marcher, mais aucun rassemblement n’est connu dans l’Ouadi Lioua.  Les Druzes les attendent pour marcher.
Abdulghaffar et Ibrhahim Bey se sont portés avec 50 cavaliers sur Dama cet après-midi.
Si les gens de l’Ouadi Lioua ne rejoignent pas Aéré et Dama, l’attaque n’aurait pas lieu.
On parle beaucoup de piller les villages chrétiens qui ne l’ont pas encore été depuis juillet 1925.
L’informateur estime exagéré le chiffre de 700 Druzes rassemblés et prétend que Sultan n’en trouvera pas 300 du Ouadi Lioua.
Si l’attaque se produit, ce qui reste douteux, elle ne réunirait pas 900 combattants.
 
Signé : E. Coustillière

 
 Ibn Séoud (1876 – 1953)
Roi d’Arabie séoudite - 22 septembre 19329 novembre 1953
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