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Annexe A - 2è fascicule

Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937
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 Journal de marche du Capitaine Louis-Eugène Coustillière
(annexe A du 2è fascicule)

du 26 mai au 2 juin 1918
 

 
Campagne de Reims

Rapport d'opérations du 26 mai au 2 juin 1918
 
 
Le 26 mai, le bataillon est alerté à 17H00. Il reçoit à 22H00 l’ordre de se porter à Merfy.  Le départ est fixé à 23H00.
 
 
A partir de la sortie nord de Chalons sur Vesle  et dans le village de Chenay , il est obligé de traverser de violents tirs de barrage de gros calibres. Ce mouvement s’est effectué sans perte.
 
La mission du bataillon était d’occuper, en cas  de débordement ennemi, les tranchées au nord de Merfy  dans la direction de St Thierry.
 
 
Le 27 mai, la reconnaissance de cette position a été faite au petit jour ; vers 12H30 le bataillon recevait l’ordre de remplacer à Trigny  le bataillon Braun qui devait se porter dans la région de Marzilly.  Le bataillon est en réserve, à la disposition du général de division. Le mouvement s’exécute par fractions échelonnées par Chenay   directement sur Trigny.  Au lieu de s’établir dans le village bombardé, le bataillon va prendre position au col de Trigny, à cheval sur la route qui relie Trigny à Hermonville.
 
La nuit du 27 au 28 se passe sans incident.
 
 
Le bataillon ferroviaire du génie Gunther composé de deux compagnies du 1er C.C. et de deux compagnies de la 45ème division vient  prendre contact pour s’établir, dans la nuit, face au nord, et défendre le plateau de la ferme St Joseph. Ce bataillon est à la disposition du lieutenant colonel commandant le 3ème de zouaves. La même nuit le commandant du régiment de marche Jacoby qui doit tenir le lendemain 28 avant le jour la crête : col de Trigny  - butte de Prouilly   procéda aussi à ces reconnaissances.
 
 
Le 28 mai, dans la nuit, à 02H00, le bataillon reçoit l’ordre de relever, à la ferme St Joseph, le bataillon du génie Gunter et cesse d’être réserve de la division. La relève a lieu sans incident. Le dispositif adopté est le suivant : 1ère et 3ème compagnies en première ligne, encadrant la ferme St Joseph, la compagnie de gauche, soit la 3ème s’étendant jusqu’à Luthernay,  la 2ème compagnie en réserve aux abords du château situé à 400 m au sud  de la ferme.
 
Vers 08H30, un mouvement de repli des troupes anglaises est signalé dans la direction ouest d’Hermonville , en direction de la ferme St Joseph. Les premières vagues allemandes débouchent des lisières sud des bois d’Hermonville avec une direction de marche nord-sud. On craint une méprise, les officiers anglais ne pouvant eux-mêmes renseigner notre compagnie de gauche sur la nationalité des éléments qui s’écoulent à leur droite. Après quelques minutes d’hésitation le doute ne saurait demeurer : la compagnie de gauche a bien devant elle de l’infanterie allemande en formation  de combat, en marche dans la direction de Prouilly.  Notre infanterie ouvre le feu ; l’alerte générale est donnée sur toute la ligne ; le train de combat resté à la Garenne de Gueux   et qui avait reçu l’ordre de ravitailler le bataillon à la ferme St Joseph par Prouilly Pévy   risque de rencontrer les Allemands. Il reçoit l’ordre de rétrograder et de considérer sa mission comme terminée.
 
 
Les Anglais se retirent et bien que le bataillon reste seul, il prend toutes les dispositions pour défendre à outrance le plateau St Joseph et remplit coûte que coûte la mission qui lui a été confiée. Les pertes ennemies sont sensibles, les Allemands hésitent dans leur progression et tourbillonnent, surpris de la résistance qu’ils éprouvent sur leur flanc gauche. Quelques éléments anglais, actionnés par le chef du bataillon de zouaves, se décident à faire tête et à prendre position sur les pentes sud-est du plateau St Joseph, tandis que sur notre gauche l’ennemi continuant sa progression pénètre dans le parc du château et semble après sa conversion vouloir se diriger sur Trigny.
 
La 3ème compagnie renforcée de 4 sections de mitrailleuses contient l’ennemi qui ne peut déboucher du parc.
 
Néanmoins ses renforts affluant, l’ennemi avance vers notre gauche. Le bataillon qui a déjà des effectifs réduits subit des pertes sévères. Il reçoit l’ordre de ne pas compromettre sa gauche et de se retirer sur le col de Trigny.  Le mouvement s’exécute dans un ordre parfait et en échelons tout en combattant. Après avoir contenu l’ennemi pendant près de six heures, talonné et menacé de tous côtés d’être débordé, il arrive à 14H00 à son point de départ du matin.
 
Un bataillon du régiment Jacoby couronne les pentes nord du col de Trigny  de la côte 188 à la butte de Prouilly. Sous sa protection, le bataillon reprend sensiblement ses emplacements de la veille.
 
Le bataillon est avisé qu’il est relevé dans la nuit. Le mouvement doit s’effectuer dans le plus grand silence et successivement par compagnie afin de ne pas donner l’éveil à l’ennemi qui lors du mouvement de repli a marché dans nos traces pour venir s’installer aux abords du chemin « ferme St Joseph - route Trigny - Marzilly ». L’après-midi se passe  sans incident.
 
Le soir, à 23H00, au moment où s’effectue le mouvement de repli de la compagnie qui la première doit décrocher, trois Boches sont faits prisonniers sur la route même de Marzilly  où une section de la 2ème compagnie avait été postée pour protéger le mouvement.
 
Le bataillon va cantonner à Sarcy  où il arrive le 29 à 05H00.
 
 
 
Le 29 mai, le bataillon est installé au camp de Sarcy.  La matinée se passe en réorganisation dans l’intérieur des compagnies. Le bataillon est maintenu en position d’alerte. Vers 15H00, le bataillon Vulpilières du 6ème tirailleurs, installé dans le même camp, reçoit l’ordre de se porter en avant de Poilly,  l’avance allemande étant signalée en direction de Lhéry.  Des troupes anglaises en nombre considérable montent dans la même direction.
 
Afin de parer à toutes éventualités de bombardement du camp, le TC, en attendant des ordres définitifs est  dirigé, par la route Sarcy - Ville-en-Tardénois, au pied de la côte 196. La liaison est maintenue avec le lieutenant colonel établi à Aubilly.
 
 
Le 30 mai, à 02H00, le bataillon reçoit l’ordre de gagner par la route Dormans  - Reims,  les organisations de la plaine de Reims où il doit occuper, en première ligne, les tranchées sur le front Ormes- les - Méneux.  Le TC doit se rendre à Sacy,  son départ est fixé à 03H00. A son arrivée à Pargny  le bataillon reçoit une modification à l’ordre ci-dessus, donné à son départ de Sarcy. Le premier bataillon doit occuper à gauche, à l’emplacement initialement prévu pour le GBA, les organisations nord-ouest d’Ormes, sa gauche étant portée sur la côte 101.
 
En cours d’exécution, alors que le bataillon, est engagé sur la route Pargny - Coulommes,  Vrigny  - Gueux,  ordre lui est donné verbalement d’abord par un officier de l’Etat-major de la division,  puis confirmé par écrit, d’avoir à s’engager immédiatement pour contre-attaquer dans Gueux  et d’en chasser les quelques éléments boches qui y auraient pénétré.
 
Au même moment, il recevait du lieutenant colonel commandant le 3ème bataillon de se porter à la lisière nord de Gueux   où il devait se mettre en liaison, par sa droite, avec les troupes établies sur la croupe nord de la côte 101. Sa mission était dans ce cas de se tenir sur place et de s’opposer au débouché de tout élément ennemi du bois de la Garenne de Gueux.
 
 
En présence de ces deux ordres, celui, formel du général de division fut exécuté. La route Coulommes - Vrigny   étant soumise à un violent barrage de gros calibre, le bataillon se rejette à gauche dans le parc du château de Coulommes   et cherche à gagner l’ouest de Vrigny, cette localité étant violemment bombardée et commençant à brûler. Le bataillon subit des pertes dans la traversée du parc où étaient établies de nombreuses batteries. Sa progression est ralentie, mais au moment où il débouche au pied de la côte 240, il trouve l’infanterie coloniale qui déjà depuis deux heures a du, par suite de la ruée des Allemands sur Gueux,  abandonner les bords  de la Vesle,  la Garenne de Gueux et le village pour se replier sur les pentes nord de la 240.
 
L’arrivée du bataillon provoque un retour offensif de toute la ligne, zouaves et coloniaux débouchent sur le village, mais à peine ont-ils gagné les abords du parc et la lisière sud que l’attaque est reçue par de violents feux de mitrailleuses. Les reconnaissances envoyées et qui ont essayé de déborder le village  pour l’encercler sont également arrêtées dans leur progression. Les 1ère et 2ème compagnies subissent des pertes, elles s’organisent et ne peuvent ni avancer ni reculer avant la tombée de la nuit. La 3ème compagnie restée sur le plateau en réserve avec un peloton colonial, protégera le mouvement de repli.
 
L’ennemi a reçu des renforts, ses éléments avancés sont ravitaillés en munitions, en engins de tranchées (mines, grenades à fusil etc...) Le bataillon est copieusement arrosé. Par contre l’ennemi subit des pertes lors de son ravitaillement par la route Muizon  - Gueux  qui est sous le feu de nos mitrailleuses et de nos fusils.
 
Vers 16H00, l’infanterie  coloniale quitte la côte 240. Dès la tombée de la nuit notre première ligne se décroche, non sans pertes, et le bataillon prend position sur les bords nord et nord-ouest du plateau 240.
 
 
Le 31 mai, la nuit a été calme ainsi que la matinée. Toutefois Vrigny   et Coulommes   ont été soumis à un violent bombardement par obus incendiaires de gros calibres. A midi, l’ennemi déclenche sur la côte 240 un bombardement plus violent encore que celui de la matinée. On craint une attaque, le bombardement ne cesse qu’à 14H00. Aucune action d’infanterie ne suit.
 
Le reste de la soirée se passe  de façon normale, nos mitrailleuses harcèlent la droite des lignes ennemies qui tentent de s’infiltrer dans la plaine de Reims   et gagner le front Ormes  - M St Pierre.
 
Dans la journée, le chef de bataillon a été  avisé qu’il passait sous les ordres du lieutenant colonel commandant le GBA.
 
 
La nuit du 31 au 1er juin est calme, mais dès le matin et toute la journée, les arrières subissent de violents bombardements. Par discrétion sur ses intentions du soir, l’ennemi évite de tirer sur la côte 240, si ce n’est quelques 20 à 30 mines.
 
Vers 18H45, le 1er juin, la côte 240 est brutalement martelée par l’artillerie de tous calibres. Les zouaves ont compris l’importance de la position qui leur a été confiée, tous devinent l’intention de l’ennemi et jurent de tenir coûte que coûte et de recevoir à courtes portées de fusil l’attaque d’infanterie lorsqu’elle se déclenchera.
 
A 19H30 l’ennemi allonge son tir et l’attaque se produit. La 3ème compagnie en liaison à droite avec une compagnie du 22ème d’infanterie à hauteur du parc sud de Vrigny,  est relativement peu inquiétée. Le gros de l’attaque se porte sur les 7ème et 2ème compagnies qui sont en liaison, à leur gauche, avec une compagnie du 99ème d’infanterie.
 
La ruée est formidable, les Allemands se sont massés avec trois bataillons dans les bois de sapins, à l’est de la côte 204, ils s’élancent d’un seul bond et réussissent à atteindre le bord du plateau 240 où ils installent des mitrailleuses de position pendant que, par leurs mitraillettes en action, ils espèrent faire terrer les défenseurs.
 
Mais la défense veillait, les Allemands sont reçus par un tir nourri et des plus meurtrier. Toute la ligne résiste sauf une partie de sa gauche qui fléchit un peu.
 
La situation est nette, notre riposte sera brève. La contre-attaque se déclenche: à la voix de leurs chefs, entraînés au cri de « En avant les zouaves », tous se précipitent  à la baïonnette, bousculent les Allemands et balaient le plateau.
 
Le succès est complet, l’ennemi pris de panique s’enfuit. Nos feux de poursuite achèvent le succès et déciment les effectifs en position d’attente. Trois mitrailleuses sur les cinq prises aux Boches sont retournées contre l’ennemi en fuite.
 
De nombreux cadavres jonchent le terrain. Dans l’ardeur de la lutte, les prisonniers ont été peu nombreux : sept ont été dirigés sur l’arrière. Indépendamment des mitrailleuses de position, trois mitraillettes sont restées entre nos mains.
 
 
Quelques instants après notre ligne était rétablie, l’ennemi soucieux de remettre de l’ordre dans ses unités décimées, ne songeait pas à contre-attaquer.  Le bataillon avait rempli sa mission et remettait à ses successeurs, le 3 juin à 03H00 lors de la relève, la côte 240 qui lui avait été confiée.
 
Les pertes totales du bataillon lors des combats, livrés du 27 mai au 1er juin, ont été 229 tués, blessés ou disparus, dont un officier tué et quatre blessés.
 
Relevé par le 43ème du colonel Chambert, le 3 juin à 03H00 le bataillon quittait la côte 240 et faisait route vers Ecueil   où il arrivait à 05H30.
 
 
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