Annexe B - 2è fascicule
Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937
Témoignage privé, une lettre du Commandant Louis-Eugène Coustillière
(annexe B du 2è fascicule)
du 15 décembre 1918
La campagne de France
A la frontière belgo-française
Lettre du 15 décembre 1918
Montcornet, le 15 décembre 1918
Notre séjour en Belgique a été très bon, les habitants nous ont reçus comme des parents. Les ressources y étaient maigres sauf en laitage, tous nos hommes ont pu se gorger de bon lait à 0,25 le litre, ce qui a été le meilleur remède contre les empoisonnements par les gaz toxiques que nous avions tous absorbés. J’étais logé dans une bonne maison bourgeoise pas abîmée mais laissée par les Boches dans un état de saleté repoussante : les officiers avaient fait leurs ordures dans leurs chambres derrière les armoires, à la salle à manger, derrière le piano.
Enfin, on a tout nettoyé, désinfecté et j’ai eu ensuite une chambre très belle et très confortable. Auprès de nous il y avait un couvent de Trappistes qui nous ont reçus de leur mieux, ils ont ouvert leur église pour nous et nous y avons célébré un service à la mémoire de nos morts. Le prieur, le père Charles, est un homme remarquablement intelligent et cultivé.
Ensuite, nous sommes revenus en France, bien reçus naturellement, mais les pauvres gens n’avaient rien à nous céder que les multiples choux plantés par les Boches ainsi que des choux raves. Pas une poule, pas un lapin, pas une vache, rien, rien. Les civils sont ravitaillés par l’Intendance comme les soldats.
C’est triste, va, et tu t’expliquerais si tu étais avec moi, que nous prenions des fureurs quand les gens de chez vous, quoiqu’il ait pu leur arriver, osent se plaindre.
En ce moment, nous sommes à Montcornet, gros bourg de l’Aisne, assez abîmé par nos avions et où beaucoup de maisons sont vides . Le train y arrive. Et entre ici et Noyon, et même plus loin, commence la zone effroyablement dévastée, encore désertique. Ma petite Denise, il faudrait absolument que vous voyez cela pour que vous sachiez ce que c’est que le Boche, afin que si des lâches, des trembleurs parlaient de réconciliation, vous sachiez que le Boche est un être immonde, aussi différent de nous qu’un cochon d’un cheval de pur sang. Oui, il faudrait que vous voyez pour que vous compreniez, car aucune imagination ne peut concevoir de pareilles dévastations faites sans raison militaire, pour simplement nous faire le plus de mal possible. Je ne puis pas vous dire, c’est trop long, mais je vous raconterai pour que vous conserviez la haine sainte de tout ce qui est allemand.
......
Ton oncle
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