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Site de Jean-François Coustillière
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23 07 1926 - rapport opérations 17-22 juillet

Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937
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Rapport d'opérations - Colonne de route du 17 juillet au 22 juillet 1926 - Dans le sud du Djebel druze du 17 au 22 juillet 1926

La politique suivie depuis l'entrée des troupes au Djebel druze et en particulier l'occupation prolongée du sud ayant donné les résultats escomptés, le général Andréa décida de porter le dernier coup à cette région que les Atrach pouvaient considérer  jusqu'alors comme un fief sur lequel ils régnaient en souverains.
Déjà tous les villages avaient fait leur soumission, commencé à remettre leurs fusils (2300 à la date du 14 juillet) et à payer l'amende, mais ils étaient en proie aux sévices de Sultan, de Rachid Talih etc... qui avec une centaine d'hommes venaient les menacer des pires représailles s'ils obéissaient au gouvernement. Il fallait que celui-ci revînt et fit sentir sa force aux hésitants, en même temps qu'il obligerait à fuir devant lui les dissidents campés dans le sud dans les environs de Tell Chik.
Une colonne aux ordres du général Andréa constituée à 5 bataillons, 2 batteries, 3 escadrons dont un de gardes mobiles quittait Salkhad le 17 juillet à 4H30 en direction  d'Imtan par l'itinéraire déjà connu et parvenait à son gîte d'étape sans avoir rencontré de rebelles.
Du sommet du Tell Khodor, le capitaine Désidéri commandant le 31°escadron de la garde mobile avait aperçu, à 8 km environ, un groupe d'une centaine de cavaliers s'éloignant dans la direction du village situé plus à l'est de Ghasmé (Khgzine de la carte).
Tout autour d'Imtan le pays était rempli de paysans tranquillement occupés à leurs moissons. Les notables attendaient le général à l'entrée du village, sur lequel flottaient de nombreux drapeaux tricolores, et qui est en grande partie réoccupé. 40 individus environ sont encore en dissidence et le jeune Ali Bey El Atrach n'a pas encore pu recouvrer sa liberté ni réintégrer sa maison.
A Imtan, nous avons appris que la veille, le 16 juillet, Sultan, Rachid Talih étaient venus à deux reprises au village, vers 16 H demander l'hospitalité qui leur fut refusée.
Vers 21 H, ils le quittait pour Ghasmé. C'étaient certainement ceux que le capitaine Désidéri avait aperçu le lendemain matin, alors qu'ils mettaient une plus grande distance entre eux et nous.
Le 17, la moitié du 31° escadron de la garde mobile était passé par Sommat el Baradan et Cheumiré, villages soumis mais où viennent de temps en temps des dissidents. Alors qu'elle était dans le second, la troupe échangea quelques coups de fusils avec une petite bande de rebelles pillards qui passait en vue de la localité.
La colonne fit séjour le 18 à Imtan.
Le 31° escadron de la garde mobile parti le 17 au soir à Melah, rentrait avant midi rapportant 200 napoléons à valoir sur le montant de l'amende, 31 fusils de ce village  et 17 fusils de El Houaia apportés par les habitants dès qu'ils avaient connu la présence des forces gouvernementales à Melah, bien que Sultan et sa bande les aient molestés et un peu pillés la veille.
Dans l'après-midi du 18 un peloton de gardes mobiles  est poussé sur Ghasmé (Khazzine). Il rentre à 17 H ayant trouvé les ruines de ce nom désertes.
Avant le coucher du soleil, Imtan, a versé 37 fusils et 400 napoléons mais des sanctions ont du être prises contre les biens de 10 dissidents.
Le 19 juillet, la colonne fait route vers El Asrat. le 31°escadron de la garde mobile pousse une reconnaissance sur Ghsahé (Gassa de la carte) et jusqu'aux environs de la frontière transjordanienne, plus loin que les Tell Ressah. Il trouve le pays complètement vide et rejoint le cantonnement avant midi.
Le village d'El Asrat n'est occupé  que par 14 familles seulement bien que sa réserve d'eau soit considérable. Les autres habitants sont à El Azrak, en Palestine et dans le Djebel druze. Ceux qui étaient présents ont versés leurs fusils et 30 napoléons s'acquittant ainsi intégralement de leur part.
Une reconnaissance de deux pelotons de la garde mobile envoyé à Cheumiré rapporte 70 napoléons et ramène quelques otages.
Le 20 au matin, la marche est reprise vers le sud-ouest, vers les villages ruinés qui n'ont jamais tenté personne mais qui ont servi de refuge aux bandes pendant longtemps. Qu'y auraient fait les Turcs jadis? Il n'y a rien à piller, peu d'eau, pas de jardins, des maisons en ruines, une population de misérables cultivateurs. Notre colonne, pourvue de ses vivres et assurée de trouver l'eau indispensable prend, avant le lever du jour, la piste qui va vers Gassa. Il fait frais, derrière les Tells, l'horizon rougit à peine quand le dispositif est pris dans les champs de sorgho. Déjà les gardes mobiles du capitaine Désidéri ont occupé Kharbut El Aouad (car ces Druzes enthousiasmés par la force dont ils ont vu la manifestation, sont aujourd'hui les plus mobiles de nos soldats: ils sont partants, orientaux dans l'âme, la puissance les attire comme la lumière les papillons. Alors que nous avons douté qu'il soit possible de les employer, ils dépassent aujourd'hui, à Salkhad (31ème escadron) comme à Soueida (29ème), toutes nos espérances. Quand la colonne, ayant progressé en terrain facile sur une excellente piste, laissant au sud le Tell Rifaï, arrive à Kharbut El Aouad, la population est sur les terrasses où flottent des drapeaux tricolores.Il faut être indulgent: les 3 couleurs y sont, mais disposées avec toute la fantaisie possible. Sur certains une croix rappelle que la maison est chrétienne ! On se demande ce qui peut retenir ces gens dans ce pays sévère, au milieu de population qui leur sont hostiles. Il a suffi de la présence de l'escadron Désidéri, douze fusils et trente-huit napoléons ont été versés; le misérable amas de tanières a payé son amende. La piste faisant un brusque détour se dirige vers le nord-ouest, mais en passant à l'est du Tell Ouadrach et non à l'ouest ainsi qu'il est représenté sur la carte. Elle est toujours excellente, le pays est facile, bien moins rocheux et caillouteux que dans la région plus au nord : Oum-er-Rouman, Garié. Voici Mghayer, village pauvre maisons misérables ; l'eau y est rare, ou plutôt difficile à puiser une située au village et une autre à 1km1/2 au sud-ouest, l'abreuvoir y est néanmoins plus facile à faire qu'à Salé. Les habitants sont là, et remettent les 40 napoléons qu'ils devaient encore ainsi qu'un fusil manquant au total imposé : le village est quitte de sa dette envers le gouvernement qui manifeste sa justice en prenant des sanctions contre les biens de Mahmoud Kiouan, notoire chef de bande.
La patrouille du 17 au 22 juillet 1926


Le 20 au soir, 3 pelotons de gardes mobiles vont cantonner à Auzé afin d'assurer la sécurité de la route où les camions allant de Salkhad à Bosir passeront le lendemain.
Le 21 la colonne se porte sur Oum-er-Rouman en deux fractions: son convoi hippomobile et automobile escorté par un bataillon, prend la route carrossable de Mghayer à Auzé  où elle rejoint la piste de Salkhad à Bosir.
Les convois muletier et charretiers  et le gros se portent directement sur Garié à travers champs et en suivant un sentier muletier.
Le pays est facile et découvert.
Avant d'arriver au village, à 2 km au sud-est, se trouve la ruine de Chbey  où des puits fournissent en abondance une eau fraîche et limpide.
Nous continuons la marche vers Oum-er-Rouman , au milieu de vols de sauterelles très denses.  Le pays en est couvert, les feuilles des rares arbres qu'on rencontre ont disparu comme avaient disparu celles des arbres d'Imtan dévorées par les mêmes insectes, qui ne ressemblent pas aux grandes sauterelles du nord de l'Afrique, mais plutôt à celles de nos prairies de France.

Voici Oum-er-Rouman, complètement désert et ruiné.  L'eau y est abondante et excellente; la colonne y restera le temps nécessaire au ravitaillement de Salkhad, puis se remettra en marche vers le nord afin d'y prendre les sanctions nécessaires contre les chefs qui ont manqué à leur parole, d'en parfaire la soumission et d'en exiger le versement des armes et des amendes.

D'ailleurs, la population est lasse; elle aspire à la tranquillité et constate avec amertume les résultats qui sont la conséquence de son obéissance passive à ces seigneurs qu'elle ne craint pas d'accuser à haute voix.

Mais un jour viendra où les subsides se feront rares et où les chefs du mouvement ne trouveront plus en Transjordanie l'appui moral et matériel qu'ils ne cessent d'y recevoir.  Il est certain que la région d'El Azrak est leur refuge et leur base et que c'est en s'y réfugiant hors de nos coups qu'ils peuvent durer dans l'attente de l'amnistie qu'ils espèrent et qui leur permettrait de rentrer en maître dans un pays tout prêt à les rejeter si le gouvernement en décide ainsi.
A  Garié , la population est présente au complet sauf quelques individus de la famille Abou El Moutef. Au passage elle est invitée à compléter avant la nuit le versement de ses armes et de son amende; un peloton de gardes mobiles y est maintenu et l'escadron entier y passera la prochaine nuit.

Les opérations dans le sud du Djebel druze sont ainsi terminées sans que de  Salkhad à Oum-er-Rouman un coup de fusil ait été tiré, un ennemi rencontré. Il n'est point téméraire de dire que sa pacification est un fait accompli.  Les villages sont repeuplés, le désarmement bat son plein et la quantité d'armes versées est déjà tel qu'un nouveau soulèvement en masse est désormais impossible.

Soumission, pacification ne veulent pas dire tranquillité.  Le pays ne sera pas sûr de quelque temps encore, c'est-à-dire tant que Rachid Talih et Sultan auront des fonds pour payer la plèbe dont ils ont formé une bande de 150 hommes ou plus qui ont pour mission de maintenir l'inquiétude dans le pays et de molester les villages paisibles.

Signé : le chef du S.R. colonne – E. Coustillière

Pour suivre l'avancée de la colonne : voir le rapport suivant - dans le Leja du 3 au 7 août 1926

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