05 06 1926 - rapport opérations 1er-4 juin
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5 juin 1926 – Rapport d’opérations du 1er au 4 juin – correspondance N° 8/T/T/O

La colonne Andréa, après avoir rejoint le 29 mai à Bosra [Bosra sur la carte] son convoi automobile et le bataillon qui l’escortait, y prit 2 jours de repos relatif, car il fallait charger les convois, agrandir le terrain d’aviation pour lui permettre de recevoir les avions sanitaires, et tout préparer pour les opérations du Sud qui s’annonçaient comme sérieuses.
Sans la pousser au noir, disons que la situation était sérieuse. La mise en route de la colonne Andréa, le bombardement efficace de Oum Tayé, jetèrent le trouble dans les préparatifs faits en vue de soulever le Hauran. Les Druzes, gagnés de vitesse par notre commandement, n’eurent plus qu’une idée : empêcher la marche de la colonne sur Salkhad puisqu’ils avaient perdu l’initiative des opérations.
- La colonne quitta Bosra le 1er juin, ayant comme premier objectif Dibine [Dibbin sur la carte], le village de Fares Bey el Atrach, notre fidèle ami, qu’elle atteignit sans difficultés et qu’elle trouva occupé par les gens de son clan, le reste de la population ayant suivi Fadallah Nejem el Atrach venu, la nuit précédente, avec 50 cavaliers menacer du pillage et de l’incendie de leurs biens ceux qui ne le suivrait pas. Cette bande restée à Dibine, s’enfuit au galop vers le Sud poursuivie par les feux des partisans druzes et de l’aviation.
Les renseignements reçus le 31 au soir d’excellente source signalait que 13 drapeaux, représentant les villages du Sud et quelques villages de l’Est, étaient groupés à Oum er Rouman [Umm ar Rumman sur la carte] et aux alentours, dans l’intention de livrer bataille à la colonne.
Des terrasses de Dibine on apercevait en effet des silhouettes nombreuses de cavaliers et de fantassins, se profilant sur la longue crête rocheuse qui s’allonge de part et d’autre d’Oum er Rouman vers le Nord et vers le Sud.
- Dans l’après-midi du 1er juin, un peloton de partisans druzes aux ordres du lieutenant Boule s’avançait jusqu’à 2 km d’Oum er Rouman pour se rendre compte de l’état de la piste (qu’il trouva encombrée de grosses pierres) fut pris à partie par un groupe d’une soixantaine de Druzes embusqués aux lisières du village.
- Cette reconnaissance et les observations faites et les renseignements reçus dans la nuit du 1er au 2 juin – précisant que 1.200 à 1.500 des meilleurs guerriers druzes entendaient barrer le passage – tout annonçait qu’il faudrait batailler le 2 juin pour progresser.
Le terrain était adroitement choisi par l’ennemi. Le village d’Oum er Rouman est situé sur une crête qui s’étend du Sud au Nord, en travers de la piste. Comme tous les villages druzes, il est entouré de murettes ; au Sud deux petits tells dominent la plaine ; néanmoins cette partie reste la plus vulnérable.
Au Nord, la crête rocheuse, chaos de cailloux, de tas de pierres entre lesquels il est difficile de circuler, forment une position très forte qui se termine par un éperon sur lequel des amas plus importants de rochers forment une sorte de forteresse. Plus au nord encore, un petit mamelon surmonté d’une sorte de tour formait l’extrême droite de la position druze.
La menace la plus grave paraît sur le flanc gauche de la colonne encombrée de son lourd convoi, étant donné surtout que Oum er Rouman traversé elle devait opérer une brusque conversion vers sa droite pour continuer sa marche sur Gharié [Al Ghariyah sur la carte] où elle devait bivouaquer.
La colonne comprend 8 bataillons, 5 escadrons, 2 batteries de 65, 1 batterie et demie de 75, des chars, des A.M.C., un détachement du génie, les partisans druzes et les services.
Pour étendre plus loin la protection du flanc menacé, et bousculer l’ennemi qui, on s’en rend compte, veut glisser vers notre arrière-garde, il constitue un détachement de manœuvres de même composition que la flanc-garde gauche et le confie au colonel Pichot-Duclos avec mission d’enlever la « forteresse », de couvrir le défilé du convoi et le changement de direction de la colonne à travers Oum er Rouman.
Avant de quitter Dibine, on détruit par la mine les maisons Hatoum & Karkout.
- Le 2 juin à 4h30 les partisans druzes précédant la colonne principale partaient, en liaison avec les A.M.C.
Leur apparition devant Oum er Rouman et les crêtes rocheuses amène l’ennemi à se démasquer en tirant d’une façon assez intense. Aborder de front le village était impossible, le demi-escadron druze manœuvre par le Sud et, s’infiltrant à travers les murettes, enlève le village dont il occupe les lisières nord et nord-est. Une contre-attaque druze venue du tell de Gharié (sud) est arrêtée par le feu.
L’avant-garde de la colonne occupe le village. Les partisans druzes enlèvent alors le tell à plein galop et y trouvent le drapeau tâché de sang du village de Gharié, abandonné près de 3 cadavres druzes.
A gauche, le groupe de manœuvre et la flanc-garde se heurtent à une très vive résistance des Druzes dans un terrain très difficile. Aidés par les chars d’assaut, le bataillon du 17ème RTS enlève la tour « forteresse » et le 5ème escadron du 21ème RSM, le mamelon plus au nord. Mais cet escadron, brave et endiablé, subit des pertes assez cruelles dues aux difficultés du terrain.
Au prix d’efforts considérable, l’ennemi est rejeté vers le nord-est, mais il continue son harcèlement et on sent qu’il glisse le long du flanc gauche pour chercher le point vulnérable entre la flanc-garde et l’arrière-garde, inutilement d’ailleurs.
Tout le dispositif progresse, mais la traversée du village est difficile.
Les partisans sont arrivés à Gharié, ont chassé l’ennemi qui occupait le caracol situé sur la crête dominant la cuvette où est sise cette localité ; l’artillerie en position au tell de Gharié facilite la progression, quand la route s’effondrant dans Oum er Rouman le convoi s’arrête. Il faut du temps et bien des efforts, mais enfin il passe, serré, et les premiers éléments de la colonne commencent à s’installer au bivouac.
A ce moment, un avion qui a reçu une balle dans son moteur mis hors de service, atterrit à Gharié, s’y brise en partie, mais du moins l’équipage est sauvé.
Tout paraissait bien terminé, quand le général apprend que l’arrière-garde est arrêtée à Oum er Rouman où son peloton d’A.M.C. est en détresse. Il se rend aussitôt au tell de Gharié d’où on domine tout le terrain et d’où il peut coordonner les actions de ses unités.
Là, il apprend que le peloton d’A.M.C., retardé par la panne de sa dernière voiture qu’il remorque, s’est heurté à des Druzes qui, suivant à courte distance le bataillon d’arrière-garde, avait réoccupé le village. Engagé dans un chemin sans issue, sa voiture d’arrière en panne de permettant pas de reculer, ses équipages ont dû abandonner les voitures qui sont incendiées.
Avec l’aide de deux chars et d’un bataillon, envoyés par le colonel Pichot-Duclos, l’arrière-garde se décroche et vers 16h00 toute la colonne est bivouaquée autour de Gharié.
Les pertes sont assez sévères, mais minimes vu l’importance de la bataille. Car, c’est certainement une grande bataille qui a été livrée le 2 juin. Les Druzes ont lutté avec acharnement, avec intelligence aussi pour nous barrer la route de Salkhad. Bousculés sur le front, ils ont attaqué le flanc-gauche et l’arrière sans faiblir, et n’ont été arrêté que dans Oum er Rouman en flammes, par le tir de l’artillerie et des chars.
Au moment où le général Andréa était revenu sur le tell de Gharié, pour veiller sur la manœuvre du bataillon d’arrière-garde, un groupe de cavaliers aperçus sur le Tell Chieh, fut dispersé par le canon. Des renseignements reçus le soir nous apprirent que c’était Sultan et Sayah el Hammoud qui accouraient manœuvrer sur notre flanc droit, trop tard.
Gharié était évacué par ses habitants, mais dans l’après-midi Fayez Faraj, notable du village, venait rejoindre le général. Des notables de Anz [Al Anz sur la carte] (village presque entièrement chrétien) venaient se présenter et annoncer l’arrivé de Hussein Pacha Atrach pour le lendemain.
La nuit se passa sans incident.
- En raison des fatigues de la veille, le départ le 3 juin a lieu à 6 heures.
Pour sortir de Gharié, il faut gravir un chemin à forte pente qui aboutit à un col d’où on découvre tout l’horizon.
A gauche (au nord) une crête est sensiblement parallèle à la piste qu’elle domine à grande distance. Sur sa partie la plus élevée, on voit nettement des groupes nombreux. Les flancs sont couverts de rochers et tas de pierres favorables à la tactique druze. Un épi très rocheux s’en détachant porte à son extrémité sud le village de Anz qui domine tout le terrain avoisinant et barre la route.
A l’horizon se détache le village de Mechkouk [Al Mashqua sur la carte], but à atteindre, lieu de départ de l’attaque de Salkhad le 4 juin.
Au sud de la piste à suivre, le terrain est beaucoup moins mouvementé, et aucun ennemi n’est signalé dans cette direction, qui est d’ailleurs des zones déjà désertiques où aucun rassemblement ne saurait subsister longtemps.
Le village de Anz, chrétien, n’est point hostile. Ses habitants l’occupent ; à la jumelle on voit les drapeaux blancs flotter sur les maisons.
Mais à 1.500 m au Nord, dans les rochers, et sur la crête qui monte doucement jusqu’au nord de Mechkouk, on voit les groupes de guerriers druzes qui se préparent à livrer une nouvelle bataille.
L’avant-garde, aux ordres du colonel Massiet (qui a été légèrement blessé la veille, d’un ricochet à l’abdomen) compte 2 bataillons, 1 escadron, 1 peloton de 3 A.M.C. ; la flanc-garde de gauche aux ordres du colonel Pichot-Duclos, 2 bataillons, 1 escadron, 1 batterie de 65.
Une batterie de 75 a ses sections en position au col, face à l’Est, vers Anz, pour faciliter la progression, face à l’ouest pour aider au repli de l’arrière-garde qui reste en surveillance sur les deux tells de Gharié.
Le général Andréa installe son PC au col, d’où les vues s’étendent sur l’ensemble du dispositif.
Des coups de fusils druzes claquent déjà tout autour du bivouac, on entend le crépitement de nos FM et de nos mitrailleuses, et le mouvement de la colonne est à peine entamé que nous avons 4 blessés.
Mais, malgré la pente raide, le convoi s’écoule normalement. Les partisans ont occupé Anz et l’ont dépassé, l’avant-garde a chassé les groupes ennemis qui occupaient la crête rocheuse au nord du village, le décrochage de l’arrière-garde a eu lieu sans difficultés, elle est en position sur les hauteurs et au col qu’occupait l’artillerie, le premier bond est fait dans de bonnes conditions.
Le général qui s’est reporté en tête du gros, rencontre à l’entrée de Anz, Hussein Pacha el Atrach qui lui apporte la soumission des quelques Druzes de ce villages, et Selim Hajali, cheikh de Mechkouk qui proteste des bonnes intentions de ses compatriotes emmenés, dit-il, de force hors de leur village, par les bandes de Sultan. Ces notables nous accompagnent à Salkhad.

La colonne entre Anz et Mechkouk
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A ce moment approche un avion qui vient jeter un message ; il a bombardé les groupes ennemis, une bombe, qu’on aperçoit est restée accrochée par sa fusée sous ses plans. Au moment où il reprend de la hauteur, elle se décroche et tombe près du convoi, où, heureusement, elle ne fait que quelques blessés légers.
Ce qui est bien plus grave c’est que la piste qui jusque-là a été bonne, aborde le village par un tournant très brusque que le détachement du génie a déjà amélioré.
L’avant-garde a progressé et a occupé une ligne de hauteurs couvrant le débouché de Anz ; les convois hippomobiles, muletiers, chameliers ont suivi, mais voici qu’un agent de liaison vient annoncer que le canon de 120 n’a pu franchir le tournant. Il faut arrêter et envoyer le détachement du génie qui fera sauter une maison pour donner l’espace nécessaire.
L’attente est longue. Sur tout le flanc gauche la fusillade crépite. L’ennemi a compris l’embarras dans lequel nous sommes et, à son habitude, pousse ses attaques sur notre flanc.
Des groupes nombreux sont signalés partout qui se dispersent dans les tas de pierres, derrière les rochers. Mais ils ne trouvent nulle part la fissure qu’ils cherchent pour parvenir au convoi. Très mordants, ils se font prendre sous le feu de nos armes automatiques et subissent des pertes très sensibles. L’artillerie, quoique ménageant ses munitions, réussit des coups heureux qui ne calment point l’ardeur des assaillants.
Pour soulager un peu le flanc attaqué, 3 chars sont mis à terre. Malgré le terrain trop rocheux qui ne leur est pas favorable, ils font du bon travail et obligent les Druzes à rétrograder vers les crêtes.
Enfin, le convoi est passé, serré, et la progression reprise vers Mechkouk.

Origine : https://www.academia.edu
Un
peloton d’A.M.C. en 1926 dans le Djebel druze
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Puisque les Druzes en veulent à nos arrières, un bataillon sera spécialement chargé de couvrir le départ et la mise en place de l’arrière-garde proprement dite, pour revenir ensuite prendre sa place en réserve.
L’avant-garde, aux ordres du colonel Pichot-Duclos, aura 2 bataillons, 1 escadron, Ses A.M.C. ;
Les renseignements font connaître que sur le front les murettes sont occupées ainsi que les crêtes rocheuses à l’Est de Salkhad, du côté d’Orman [Urman sur la carte].
C’est par l’ouest, où la pente est d’ailleurs plus douce que la position ennemie sera manœuvrée. L’aviation apportera son concours le plus large. Deux batteries d’artillerie feront la préparation d’attaque et appuieront la progression.
- Le 4 juin ce programme s’exécute à la lettre.
A gauche, la flanc-garde fixe arrive à l’aube au sommet du Tell Abd Mar et y surprend un poste druze d’une vingtaine d’hommes qu’elle culbute à la baïonnette ; les Druzes laissent 2 cadavres sur le terrain. Sur le flanc Nord du tell, une bande de 200 hommes qui gravissaient les pentes pour occuper la position est prise à l’improviste sous le feu de nos mitrailleuses et subit des pertes sensibles. D’autres groupes concentrés derrière les crêtes où ils se croyaient à l’abri, pris à revers, sont efficacement canonnés.
A droite, le Tell Habs est également enlevé dans d’excellentes conditions. Les spahis y surprennent un petit groupe druze, l’infanterie et les chars nettoient la crête, et de même qu’à gauche, les éléments druzes mitraillés et canonnés sont obligés de se retirer.
Le passage est libre.
A 5 heures, la colonne s’ébranle sur la piste large et unie, le convoi peut marcher sur deux voitures de front.
Le décrochage est fait sans incident et le bataillon du 17ème RTB, rentrant dans le dispositif, va renforcer la gauche de l’avant-garde.
Déjà les coups de fusils crépitent sur le front ; les partisans druzes sont au contact ; la fusillade est vive, les murettes des jardins sont occupées ; l’aviation bombarde, les A.M.C. de leurs canons de 37 débusquent les groupes de tireurs ennemis.
Les partisans ont trouvé ce village inoccupé. Seul un tell rocheux situé à 700 ou 800 mètres au sud est occupé par une trentaine de bandits qui en sont rapidement chassés. Plus au sud, un autre tell situé hors de la zone d’opérations était occupé par une bande qui a tiré avec une mitrailleuse « maxim » mais s’est refusée à toute prise de contact.
A l’ouest de Mechkouk, une longue crête s’élève en direction du Nord jusqu’au sommet du mouvement de terrain qui bordait la piste à gauche pendant toute la marche ; les groupes ennemis qui l’occupaient sont chassé par le canon ; l’avant-garde dépasse Mechkouk où le convoi parvient sans nouvelle difficulté. Toute la colonne s’installe au bivouac.
Un char, déraillé et irréparable est resté sur le terrain. Son équipage a retiré l’armement et l’a incendié.
Nos pertes, malgré la violence du combat, sont heureusement assez légères. Les hommes sont fatigués mais leur moral est excellent.
Et puis, voici qui fait disparaître la fatigue, oublier la chaleur, la poussière et la soif : de Mechkouk, on aperçoit Salkhad qui s’étale toute noire au pied de sa citadelle. Encore un effort et demain la capitale du Sud sera à nous.
Mais pour le commandement, la préoccupation est plus grande. Une grande plaine d’aspect séduisant s’élève en pente douce de Mechkouk à Salkhad ; la piste, large s’annonce excellente…
Mais à l’Ouest, s’élève le Tell Abd Mar, qui nous a déjà donné beaucoup d’ouvrage et de soucis aujourd’hui, dont le sommet, couronné d’une maison en ruines est toujours occupé par l’ennemi.
A l’Est, s’allonge le Tell El Habs, dont la crête rocheuse est presque perpendiculaire à la piste. C’est sur ces sommets que nos renseignements situent la résistance d’un ennemi qui ne se décourage pas et le terrain à lui seul, laisse prévoir quelle en pourrait la force.
A 17 heures, le général Andréa rassemble ses officiers-supérieurs, les commandants de bataillon et leur explique le plan qu’il a conçu pour obtenir le lendemain une victoire aussi peu chère que possible.
Puisque l’ennemi veut les tells, nous nous en emparerons avant lui. Avant le jour, grimpèrent sur chacun, un bataillon, un escadron, une section d’artillerie de montagne et une section de chars qui s’y installèrent en flancs-gardes fixes pendant l’écoulement du convoi.
A gauche, un petit tell rouge est occupé par un demi-peloton de partisans druzes qui se portent ensuite en avant quand les spahis les ont remplacés.
Tout le dispositif progresse ; les chars du Tell Abd Mar sont venus renforcer la flanc-garde de gauche, ceux du Tell El Habs ont rattrapé l’avant-garde et marche droit sur Salkhad.
Sur la gauche, on entend tout à coup des tirs nourris de mitrailleuses ; c’est la bataille de /21 RTNA qui repousse une attaque des Druzes qui se sont glissés vers le petit tell rouge. Au pas de course, une compagnie s’élance en avant, et on voit les cavaliers ennemis fuirent à toute allure vers l’Ouest.
A droite, la fusillade est assez vive. Le convoi progresse sans à coup. L’artillerie avançant de position en position appuie la marche de l’infanterie sur la pente ouest de la colline qui porte Salkhad, les partisans druzes atteignent les lisières des jardins, puis on les voit gravir les escarpements et à 8h30, leur fanion tricolore flotte sur la citadelle. Derrière eux les tirailleurs escaladant rapidement les pentes et leurs clairons sonnant « au drapeau » saluent en même temps la chute de la capitale du Sud.

La colonne entre dans Salkhad
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A droite, quelques coups de feu crépitent encore ; pour en finir plus vite les tirailleurs s’élancent à la baïonnette sur la croupe que l’ennemi a canonnée ; la bataille de Salkhad est gagnée, partout l’ennemi est en fuite, poursuivi énergiquement par les feux de nos mitrailleurs et celui de l’artillerie de montagne qui tirent jusqu’à limite de portée sur les groupes qui se dissocient et s’enfuient dans toutes les directions.
Une heure après, le bivouac est installé ; le calme est absolu, plus un coup de fusil ne sera tiré ce jour-là.
La manœuvre de Salkhad a dans sa conception déjoué les plans des Druzes ; par son exécution, rapide et précise, elle ne leur a pas permis de se ressaisir et prendre d’autres dispositions. La bataille de Salkhad a été une belle journée militaire où la claire conception de notre commandement a trouvé des exécutants de souple intelligence dans les échelons subordonnés, manœuvrant une troupe enthousiaste et pleine d’entrain.
Nul ne peut dire au prix de quels efforts et de quelles pertes eut été payée la victoire si les Tells Abd Mar et El Habs avaient été tenus par les Druzes et avaient dû être enlevés de vive force avant tout mouvement en avant du gros de la colonne. Car il était impossible de s’engager dans ce couloir avant la chute préalable des Tells, sans s’exposer à des pertes énormes, pas plus qu’il ne pouvait être question d’enlever Salkhad par une attaque frontale.
Pour ces trois jours de bataille, nos pertes sont de 18 tués, 73 blessés des troupes régulières ; 3 tués et 1 blessé des partisans druzes.
Etant donné la durée et la violence des combats, elles sont relativement minimes et très inférieures à celles de l’ennemi que les renseignements recueillis signalent comme très sérieuses.
A Salkhad, évacué par la population, étaient restées trente familles chrétiennes, dès le 4 au soir des familles druzes se présentaient demandant l’autorisation de ramener leurs familles dont 25 réintègreraient la ville dans la journée du 5 juin.
Ce n’est que dans quelques jours que les résultats politiques de la prise de Salkhad pourront être appréciés, quand la population se rendra compte que nous y demeurerons et que les nouvelles répandues par les extrémistes auront été reconnues fausses.

Origine : Drouard Jean Louis ECPA
Salkhad et sa forteresse le 5 juin 1926
Signé : le chef du SR colonne E. Coustillière

Pour suivre l'avancée de la colonne : voir le rapport suivant - du 15 au 20 juin 1926