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Rapport mission en Cilicie 4-16 août 1919

Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937
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Rapport du Commandant Eugène Coustillière,
gouverneur du Caza et de la ville de Tarsous,

à Monsieur l'Administrateur en chef des TEO (Zone Nord)
sur sa mission en Cilicie du 4 au 16 août 1919
avec commentaires de l'administrateur en chef


Territoires ennemis occupés
Zone Nord
Cilicie
Gouverneur de Tarsous

Tarsous,  le 29 août 1919


Le commandant Coustillière, gouverneur du Caza et de la ville de Tarsous, à Monsieur l'Administrateur en chef des TEO (Zone Nord) - Cilicie Adana

J'ai l'honneur de vous rendre compte que parti le 4 je suis rentré le 16, après avoir parcouru  à cheval à peu  près la moitié du Caza.
J'ai résumé dans des annexes ci-jointes, les observations qui peuvent  intéresser  les divers services de l'Administration centrale, afin de ne pas répéter au cours du rapport suivant plusieurs fois les mêmes  opinions.

Je ne  veux pas attendre pour vous dire, comme je l'escomptais, que mon passage a produit la meilleure impression, non seulement dan les villages mais encore parmi les tribus nomades que j'ai visitées chaque foi que j'ai eu l'occasion.
Le paysan turc est évidemment très différent de ses dirigeants ; il est sympathique et je cois que lorsque la situation sera nette, il se ralliera très  franchement à celui qui lui apportera la prospérité économique.

La sécurité est actuellement parfaite dans toute la montagne, il n'y a ni brigands, ni voleurs. Les troupeaux  au pâturage ne sont pas gardés. Les quelques crimes qui se commettent sont des crimes passionnels. Tous les gens que j'ai rencontrés, même en pleine forêt étaient sans autre arme que leur couteau de poche.

Les paysans sont contents ; je n'ai pu provoquer aucune réclamation, bien que je les aie vus journellement et que je les  aie tout à fait apprivoisés. Ils ne m'ont demandé que l'abrogation de certaines mesures édictées par le lieutenant de gendarmerie Simonian, de son propre chef, contre les bêtes errantes, mesures qui étaient en effet, excessives. J'ai remis la question au point et je puis vous assurer  que toute la montagne est tranquille.
Il n'est pas jusqu'à la présence de ma femme qui m'a accompagné dans cette dure randonnée, qui n'ai eu un excellent effet.  Plusieurs fois, alors qu'elle serait volontiers restée au lieu de stationnement, elle a du me suivre sur la demande express des paysans et des nomades en particulier, dont les femmes voulaient voir cette Européenne, la première qui passât dans les sentiers de chèvres de la montagne.

Si nous avions  écouté mes administrés, il aurait fallu visiter chaque village et chaque campement, et nous avons du, pour éviter les jalousies, promettre pour l'avenir, de visiter ceux qui ne le furent pas cette fois-ci.

J'étais accompagné par mon interprète Fethi bey qui, à son habitude, a fait une excellente propagande française.

Mathilde Coustillière, née Darmency, à cheval en Cilicie en 1919

Partis de Tarsous en voiture, le 4 à 04H00, nous sommes arrivés à Tchalaman à 12H00, ayant fait trois arrêts pour laisser souffler les chevaux.
J'ai été reçu par les officiers de la garnison (1° compagnie du 412ème), le Mudir, les gendarmes et de notables de Gulek. Je me suis arrêté que le temps nécessaire pour seller et bâter et nous sommes partis immédiatement pour Gulek, par des sentiers muletiers, à travers la forêt de pins.
Tchalaman est d'un aspect assez séduisant, mais la garnison souffre de la fièvre. La réputation de ce point est mauvaise et les gens du pays l'abandonnent en été.
Gulek se compose de plusieurs gros villages, que leurs habitants habitent toute l'année. En plus un grand nombre de maisons de villégiature, chalets construits en majeure partie en bois, sont disséminés sur une très grande étendue.  Le propre des centres de villégiature, c'est que chaque maison est au milieu d'une assez vaste propriété, plantée de vignes et d'arbres fruitiers.
L'eau est abondante et excellente et néanmoins la    culture potagère n'existe pratiquement pas, les estiveurs  sont ravitaillés par Tarsous, si bien que le coût de la vie est assez élevé.
Guelek est fréquenté aussi bien par les habitants d'Adana que par ceux de Tarsous. J'y ai trouvé Ibrahim Rassich, notable d'Adana, que vous connaissez, beau père du Mudir de Gulek et d'Omer Effendi de Tarsous qui villégiaturaient avec lui ; Sia Bey de Tarse et Soubhi Pacha d'Adana  le Mufti  de Tarsous et quelques autres notables.
Tout ce monde est venu très correctement me rendre visite , officiellement d'abord, au privé ensuite.
J'ai eu l'agréable surprise de trouver une famille arménienne en excellent termes avec les paysans turcs.
Cette famille est établie depuis longtemps à Gulek . Ce sont des cultivateurs, trois frères. Ils furent mobilisés tous les trois et les femmes restèrent  seules. Non seulement elles ne furent pas molestées  mais les paysans les aidèrent comme celles des leurs  partis à l'Armée.


Mardi 5 - Nous avons, à cheval, gagné à travers la forêt, la sortie sud-est des portes de Cilicie, traversé celles-ci et poussé par Kadir Khan, Ibrahim Pacha Kale jusqu'à 2 heures de Bozanti. Nous nous sommes arrêtés chez des nomades  pauvres qui nous ont accueillis de leur mieux.
Les groupements de nomades sont faibles et ne ressemblent en rien à ceux de l'Afrique. Les tentes sont petites, basses, minces, minables. La seule fortune du Yuhuk, qu'il soit turc ou tzigane, ce sont des troupeaux  de chèvres.
Pour revenir à Gulek, nous prenons à Kadir Khan, un sentier muletier qui permettrait à l'infanterie et des groupes légers de tourner les portes de Cilicie.
L'eau abonde à diverses altitudes, chaque source est aménagée et munie d'un abreuvoir.

Mercredi 6 - Pointe dans la direction de Bulgar Maden. J'ai été rejoint par l'agent technique du service forestier qui ne me quittera plus jusqu'au retour.
Il est donc facile d'attirer son attention sur l'état de la forêt et sur les mesures à prendre.
La montagne est bouleversée, les torrents, à sec en ce moment, coulent dans des ravins à pic, absolument infranchissables.
La mine d'argent exploitée par Ibrahim Pacha est trop loin, nous ne pouvons y arriver ; nous revenons à travers la montagne par des sentiers de chèvres, parfois dangereux, et toujours impressionnants. Au pied de Guleck, nous trouvons les traces de fourneaux où étaient traités le minerai : scories, ruines, eau abondante pour les laveries. Les scories ne présentent rien de particulier, tout le métal a été extrait.

Jeudi 7  Séjour à Guleck pour prendre congé des notables et préparer le départ du lendemain.
Les gens de Guleck me demandent l'autorisation de prendre sur certains bâtiments de Tchamalan, non occupés encore (ancienne étape turque) des tuiles pour couvrir leur mosquée. Je leur réponds que l'autorité militaire ayant pris possession du camp, je ne crois pas possible de leur faire donner satisfaction.
L'école de Gulek est en excellent état, mais n'a qu'un Hodja  comme professeur. On demande un vrai  instituteur.
On me présente 25 femmes ou enfants, sans ressources, les hommes partis à la guerre ne sont pas revenus et la petite pension a été supprimée. Je donne une aumône et de bonnes paroles.
Soubhi Pacha et Zia Bey nous invitent à déjeuner ; j'accepte et, le soir pour faire équilibre, nous dînons chez le cultivateur arménien Bodros, en compagnie d'ailleurs du Mufti, du Mudir d'Omes Effendi, et je suis ravi de la cordialité qui règne entre ces éléments si différents.

Vendredi 8. - Départ pour Mamroun à trois heures. C'est une route extrêmement pénible ; à midi, nous atteignons Djehenem Deressi, (la rivière de l'enfer) une des deux rivières qui forment le torrent superbe, à l'eau bleue abondante, glacée, où les truites se jouent.
Par un sentier impossible, nous grimpons au village Dari Punar, véritable oasis perchée à 1.200 mètres d'altitude. L'eau y est très abondante et la végétation exubérante. Figuiers, grenadiers voisinent avec le cerisier, le noyer, le prunier, le pommier, le poirier et naturellement avec la vigne.
Les paysan qui nous attendent nous reçoivent très bien, nous nous reposons deux heures, et par des sentiers toujours très durs, nous gagnons Namroum , où nous arrivons très fatigués.
Le lieutenant Simonian, messieurs Toumayan et Melkonian étaient venus nous attendre à une heure de distance.
Le Mudir et les notables nous attendent au Konak, en compagnie de l'ingénieur Jesse Roux.
Namroum est une très grande station d'été, qu'on ne peut appeler " agglomération " car elle est au contraire extrêmement dispersée. Les points extrêmes sont à plus d'une heure  l'un de l'autre. On peut  la diviser en deux grands groupements situés de part et d'autre du château de Lampron
Au nord, une grande vallée dont le flanc nord est habité par des musulmans, le flanc  sud (versant nord du château) par les Arméniens.
Au sud, un grand cirque habité par les musulmans.
On ne peut nier que ce soit superbe. L'eau est abondante, la neige est apportée de la montagne à dos de mulet et une fois par semaine, le vendredi, le marché est abondamment approvisionné.
Plus que Gulek, Namroum n'est qu'une station d'été. Le village sédentaire est petit et misérable. Au 15 octobre, toutes les villégiatures sont vides, abandonnées à la garde de Dieu ; mais les vols sont rares.
J'ai parcouru tout Namroum. A part l'église arménienne, dont le toit a disparu, on ne peut pas dire, quoi que pensent les Arméniens, que leurs demeures ont été démolies. C'est inexact. Elles sont dans le même état que celles des musulmans et naturellement, des constructions légères, abandonnées sans réparations pendant 5 ans sont piteuses. L'église n'était d'ailleurs qu'une petite construction sans valeur.
Mais ici, malheureusement, ce n'est pas comme à Gulek, il n'y a pas d'Arméniens sédentaires et les gens de la ville ont apporté, aussi bien les musulmans que les chrétiens, leurs passions que leurs rancunes. J'ai dû calmer des impatiences, apaiser des exagérations, qui ne risquaient pas de troubler l'ordre, mais qui empêchaient les craintifs de jouir de leur séjour à la campagne. ?
La température à Namroum était assez  élevée mais très supportable ; l'air est pur et léger et les nuits sont fraîches. On se sent  véritablement revivre. Aussi, on s'explique que 1.500 familles de Tarsous représentant 7 à 8000 personnes, s'y précipitent tous les ans.

Samedi 9. - Dans la matinée, je reçois un nombre considérable de visites. Musulmans et chrétiens sont de la plus parfaite correction : même Sadi Pacha, Harki Bey, Halim Bey ne manquent pas de venir saluer le gouverneur.
L'après-midi, en compagnie de M. Jessé Roux, nous allons visiter les affleurements de lignites dans la vallée qui ouvre la voie vers Selekfi (voir annexe)

Dimanche 10. - Laissant ma femme à la disposition des jeunes Arméniennes, je pars avec Monsieur Jessé Roux reconnaître :
1° des schistes carton bitumeux dans une vallée .X.
2° Les affleurements sud des lignites, aux environs du village de Sébil.
Après une matinée bien remplie, nous arrivons à Sebil en même temps que tombe la première averse de la saison. Coïncidence heureuse : aussi sommes-nous accueillis avec joie par les villageois qui voudraient organiser une véritable fête. Mais nous sommes pressés et après un peu de repos, nous reprenons le sentier de Namroum.
Sebil placé devant un panorama superbe a aussi quelques estiveurs et en aura certainement d'avantage dans l'avenir quand la route de Namroum sera faite.

Lundi 11.-La matinée est consacrée à la mise à jour de quelques notes. L'après-midi, visite sérieuse du château de Namroum (voir annexe). Le soir, nous sommes reçus à dîner  chez le docteur Toumaian chez qui s'est rassemblée la colonie arménienne.

Mardi 12 - Monsieur Jesse Roux part pour Geuzne. Nous l'accompagnons jusqu'à Pambowklou où on nous dit qu'il y a  du cuivre. Le sentier est extrêmement difficile et dangereux, en deux heures, nous descendons de 600 mètres.
Pambowklou est un moulin intéressant par sa chute ; le torrent qui constitue l'autre bras  de cydnus, roule des eaux pures, fraîches, excellentes. Il est très poissonneux.
Nous trouvons bien des calcaires métamorphiques (généralement riches en minéraux) mais pas de cuivre.
Cette fois, les paysans de Sebil qui ont dégringolé de leur village haut perché à la nouvelle que nous étions à Pambouklou ont amené un reïta et un tatel ; ils font la fête, dansent en notre honneur, pendant que nous prenons notre repas. Certains boivent même un peu plus de rakki que de raison… en tout cas, la sympathie et la joie sont manifestes.
Après une heure de repos, nous nous séparons de Monsieur Jesse Roux et rentrons à Namroum.

Mercredi 13. - Je pars seul de bon matin pour aller au nord de Namroum, voir le château de Sineb Kale et plus loin des peuplements d'arbres divers qu'on me dit très abîmés (voir annexe)
A midi, je suis rejoint pas un paysan qui me dit que les Yuruk (nomades) très nombreux dans ce coin, veulent que je sois leur hôte ce matin-là ; un cavalier part à Namroum chercher Fethi Bey et ma femme, et, à 14 heures, au milieu de ces gens en joie, nous mangeons les éternelles brochettes de chèvre.
Les chants et les danses  continuent jusqu'au coucher du soleil alors que ma femme, sur leur demande expresse, est allée rendre visite aux femmes, dans leur campement à deux kilomètres de là.
Jamais de mémoire de paysans, des nomades ne s'étaient montrés aussi accueillants et expansifs et ils ne ménagèrent pas, parait-il, les comparaisons tout en notre faveur, entre notre attitude amicale  et bienveillante et celle si lointaine de leurs chefs turcs.

Jeudi 14 ; Visites d'adieu et préparatifs de départ . Mais dans la soirée, le Mudir me prie de prolonger mon séjour de 24 heures car, le jour du marché, le vendredi, beaucoup de paysans et de nomades compte me voir. Comme je suis arrivé trop tard le vendredi précédent   …. Je reste donc pour pouvoir me rendre compte de l'importance du marché.

Vendredi 15. - La matinée se passe au marché où règne une agréable activité. Les paysans ont apporté des tomates, felfels, melons ; les nomades, des cornouilles, des noisettes, du bétail. De nombreuses boutiques sont bien achalandées et on y trouve tout ce qu'on trouve à Tarsous et à Adana ;  en 24 heures, des gens viennent d'Eregli, en Anatolie, apporter à Namroum des fruits et emporter des produits manufacturés. Ils n'ont jamais causé de troubles.
Après avoir parcouru le marché au milieu d'une foule très sympathique, je m'assieds longtemps dans un café avec les notables de Tarsous (moins les unionistes qui ne se montrent pas) à la grande satisfaction des gens du pays qui viennent en masses me serrer les mains.

Samedi 16. - Retour à Tarsous : départ à 4h30, arrêt à la rivière à midi 30 ; départ à 14heures. Arrivée à Tarsous à 18 heures ; dure étape ; je suis reçu par le capitaine Harmel et des notables venus au devant de moi à une grande distance.

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Conclusion. - Je savais que des paysans désiraient me voir, et commençaient à marquer du mécontentement parce qu'ils prenaient mon absence pour de l'indifférence à leur égard.
L'impression a été vite dissipée et remplacée par celle que nous autres, français, nous étions affables, accueillants et bienveillants.
J'ai pu constater que  la masse turque est sympathique. Elle a été de tout temps complètement abandonnée par ses dirigeants aux mains de qui elle ne devait exister que comme un troupeau obéissant. Les arméniens, d'ailleurs, le reconnaissent.
Alors que les villes jettent un peu plus de poudre aux yeux avec leur simulacre de civilisation, il ne faut pas aller loin pour s'apercevoir que le pays est aussi abandonné que le coin le plus sauvage du Maroc.
Les paysans se débrouillent pour organiser leurs points d'eau, les passerelles sur les torrents, quelques fois pour aménager un peu les passages les plus difficiles, mais l'Administration ne s'occupe guère d'eux. Le Mudir de Mahie ne peut d'ailleurs rien faire.
A la réorganisation de ce pays, je verrais très bien quelque chose d'analogue à un bureau de renseignements,  au siège de chaque Nahié ; il ne sera possible de faire quelque chose dans  ces montagnes qu'en décentralisant, et au point de vue politique, il faut des pôles d'attraction plus proches que Mersine, Tarsous ou Adana.


                       Signé : Coustillière

Note de l'administrateur en chef.
- La désignation des paysans sous le nom de Turcs ne doit pas tromper ; il s'agit de turcomans ou de kurdes parlant turc, mais non de race turque. Ils ont d'ailleurs la haine des hobereaux turcs, pachas et beys, et notre politique nous donnera-là, de solides partisans, quand notre nombre nous permettra d'avoir des relations suivies.

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Annexe 1
Routes et Chemins


La route de Tasous à Bozanti est mauvaise dans sa première partie. En chiffres ronds, jusqu'au km 20. Mais néanmoins, elle est praticable à tous les véhicules pendant la belle saison, sauf au km 17-19, où elle est en très mauvais état, dans une partie à pente excessive. Il est à mon avis de toute urgence  de procéder au rechargement de cette partie de la route  si l'on veut éviter des dépenses plus considérables pour un avenir rapproché. Je crois que cette portion est sur le territoire de Kara Issalou (ceci simple point de vue budgétaire).
En outre, il faut entretenir et réparer les nombreux murs de soutènement et assurer l'écoulement,t des eaux. Dans le défilé des portes de la Ciliote en particulier, la route est presque continuellement en corniche sur le torrent, il y a des points faibles qui menacent de céder. A la sortie Nord du défilé, les eaux de sources se répandent sur la chaussée qu'elles détériorent et dont elles provoqueront fatalement l'effondrement.
Les ponts en pierres de taille sont en bon état, mais leurs entrées ont besoin d'être complétées ainsi que les parapets. A la sortie Nord du défilé, un pont de pierre est à peine fini, il faut le jointoyer et le lisser au fer, sinon les grandes eaux l'abîmeront.

Après Zadi  Khan, vers Bonzanti, la route est en très bon état. Cette artère est la meilleure du Caza et peut-être du Vilayet. Elle peut être entretenue sans trop grands frais, mais nécessite une attention constante.
De Tehalaman à Gulek, j'ai suivi un sentier muletier amélioré sur une petite partie de son parcours. Il n'est pas transformable en piste. Le jour où la nécessité d'une voie de communication carrossable se fera sentir, le tracé devra être cherché, soit par la vallée de Yeni Khan - Gulek, ou la vallée de Tchalamn-Gulek.
Notons de suite, en passant, que les chemins muletiers actuellement utilisés ne suivent jamais le fond des vallées, mais filent à flanc de coteau : le plus près possible de la crête. Cela tient à deux raisons : d'abord à la contexture géologique du pays ; de terribles bouleversements, dont résultent des " à pic " formidables et des ravins aux parois abruptes ; par endroit, les terrains ont basculé, aussi les vallées sont-elles étroites, encaissées et infranchissables à leurs confluents. Le chemin cherche à passer sur les flancs pour atteindre les têtes des ravins.
En second lieu, ces chemins sont des chemins d'été, la neige rendant la circulation impossible en hiver. Donc, ils fuient le fond des vallées où la chaleur, malgré l'altitude, est étouffante, pour gagner les sommets aérés.
De Gulek à Kadir Khan, le sentier muletier passe par un col dans l'ouest des portes de Cilicie. Il est praticable à des groupes très légers ; nos mulets seraient trop chargés pour pouvoir les suivre. Cet itinéraire est caractérisé par les sources abondantes que le jalonnent, et qui alimentent  les abreuvoirs creusés dans des troncs d'arbres.
Par tradition, ce sont les " Tahtadjis " (bûcherons) qui entretiennent ces abreuvoirs en bon état et qui  et qui font même des aménagements sommaires aux points les plus difficiles du sentier.

De Gulek à Namroum : il y a 2 itinéraires, je suis passé par celui qu'on dit être le plus facile, il est extrêmement  dur, on peut de là juger ce que doit être l'autre.
Par endroit, ce n'est plus un sentier muletier, mais un sentier de chèvres où, une faute de la monture la précipiterait dans des ravins aux bords presque verticaux. Il ne saurait être question de faire passer une route entre ces deux points, sinon à très grands frais et rien ne le rend nécessaire en ce moment.
Le point le plus difficile est l'ascension de la pente menant au village de Dari Pounar, après le passage de la rivière Djehenem Deressi sur un pont de pierre en bon état.
De Namroum à Geuzne par Pambouklou - sentier muletier caractérisé par une descente en lacets extrêmement rapide (600 mètres, différence de niveau en 2 heures.)
On passe la rivière sur une passerelle de bois, en pas trop mauvais état. Il serait possible de le remplacer par un pont à deux arches, un bloc de rocher au milieu de la rivière tenant lieu de pilier central.
Un chemin conduirait de la région Pambouklou à Tarsous par un itinéraire plus court et plus facile que celui habituellement suivi de Tarsous à Namroum. Si cela est exact, je compte m'en assurer d'ici peu, ce serait intéressant au cas où les mines de lignite qui sont au-dessus de Pamboulklou seraient exploitées.
Dans ce cas un chemin de fer aérien amènerait sans grand frais, le charbon à Pambouklou où il trouverait la route ou le chemin de fer.
An outre, le Moulin de Pamboulkou est mu par une chute assez importante qui peut facilement être augmentées ; il est possible d'y installer une usine productrice d'électricité. A 1.000  mètres environ, en amont, au-delà de la prise du canal du moulin, le torrent passant  à un endroit extrêmement resserré, forme une rapide qui peut donner trois mètres environ de chute à une masse d'eau relativement  considérable, susceptible de permettre l'installation d'une puissant source d'énergie.
Je pense que d'autres reconnaissances doivent permettre de trouver des chutes naturelles ou faciles à installer, susceptibles de permettre l'électrification des lignes ferrées  assurant mieux que la route et pas beaucoup plus cher, la pénétration dans la montagne.
De Namroum à Tarsous. - Dans sa première partie, le chemin de Namroum à Manas, est un mauvais sentier muletier, dangereux même en certains endroits. Son tracé ne se prête pas à une transformation en piste et encore moins en route. Il faudra de  longues et sérieuses études des ingénieurs pour déterminer les points de passage de celle-ci à travers le chaos des ravins et des falaises abruptes.
De Manas à Tarsous par  Kecheukun ; - Une piste a été aménagée, mais elles est difficilement carrossable : il faudrait qu'elle soit améliorée. A Kechbukun, la rivière est franchie sur un pont en assez bon état mais dont le dos d'âne est tellement prononcé qu'aux basses eaux, on préfère passer à gué.
En résumé, les travaux qui seraient susceptibles de donner immédiatement de bons résultats et de satisfaire les désirs de la population sont les suivants :
Hors classement. - Entretien et réfection partielle de la  route de Bozanti
1°  - Urgence - - Construction de la route  Tarbous-Namroum en chaussée jusqu'à hauteur de la vigne de Sadik Pacha pour desservir le quartier des vignes.
En piste jusqu'à Manas, en attendant que son tracé définitif ait été fixé.
2° - Urgence - -  Organisation d'équipes volantes qui amélioreraient les sentiers muletiers en leurs passages les plus mauvais, en enlevant les pierres roulantes et en faisant quelques  aménagements simples.
Mille cinq cents familles vont estiver à Namroum et ce chiffre ne fera qu'augmenter désormais. Elles demandent instamment une route qui présente moins de dangers.


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Annexe 2
Géologie et Minéralogie


Peu ou pas de mines ni de sources thermales ou minérales dans la région de Gulek. On trouve au bas de ce village, les traces d'une fonderie qui serait celle, où du temps d'Ibrahim Pacha, on traitait le minerai d'argent amené de loin : de la face sud de Bulgar Maden.
Dans la région de Nemroun, rien à l'Est.
A l'Ouest, dans le ravin allant en direction de Silefre, on trouve les traces de gisements des lignites qui ont été l'objet d'une petite exploitation pendant la guerre. Quelques tonnes de lignites extraites et non transportées achèvent de se décomposer à l'air.
Les couches de lignite seraient au nombre de 3, mais en compagnie de Monsieur Jessé Roux, nous n'en avons pu voir que 2, bien minces pour pouvoir être l'objet d'une exploitation fructueuse.
Le gisement doit être incliné Nord-Sud et penché Est-Ouest, avec des interruptions causées par les effondrements qui ont bouleversé ce pays. L'endroit où a été commencée l'exploitation est sensiblement le point haut, c'est-à-dire le moins favorable car l'eau accompagne toujours les lignites et il faut s'assurer l'évacuation.
Nous avons donc cherché d'autres affleurements des lignites au Sud et nous les avons trouvés  sur le chemin de Namroum-Sebil, en particulier dans un ravin où la couche atteint 0m60. Là, c'est sensiblement le point bas, favorable à l'exploitation, les eaux s'écoulant naturellement. En outre, on est à proximité de Rambouk où peuvent être établies des usines de production d'énergie électrique et un chemin de fer aérien pour gagner rapidement, une grande différence de niveau vers une voie peut-être plus facile que pas Sari-Ka.
De la reconnaissance faite, on ne peut tirer aucun, renseignement certain. Les lignites existent et ouvrent une vaste superficie, leur épaisseur est-elle suffisante pour mériter qu'on les exploite ? On ne peut répondre avant que des prospections sérieuses aient été faites.
Les lignites sont assez près du sommet des terrains tertiaires sous les grès et au-dessus d'argiles.
Tous les terrains à l'ouste et au sud-*est de Namroum peuvent donner la couche schématique suivante :
Naturellement, les sources sourdent sous les grès, mais nous nous avons vu des exemples où le pudding à gros éléments qui est généralement placé sous la dolomie, y est remplacé par un pudding à petits éléments au niveau duquel jaillissent également les sources.
Dans un ravin au sud de Sebil, toujours au-dessus de Pambouklou, nous avons trouvé ce que les gens du pays appellent la mine de bensine ou de térébenthine. Ce sont des schistes bitumeux de l'espèce dite : " schistes cartons " ; 3 couches de peu d'épaisseur réparties dans la marne blanche  qui s'écroule sans casse, semblablement les feuillets de gigantesques cartons à dessin. Il est certain que ces minces feuillets répandent sous le choc où à la chaleur une odeur empyreumatique et s'enflamment dans un foyer. Distillé, ce schiste donnerait une huile combustible. Mais ici encore, il ne semble pas que les bénéfices puissent couvrir les frais.
3 galeries de prospection très bien faites où l'on reconnaît la main d'un mineur expérimenté, montrent que l'on s'est déjà intéressé à la question avant la guerre. Je n'ai pas pu avoir de renseignements précis à ce sujet.
Enfin, à Kechbukun, près de la rivière sourd une source purgative à faible débit, dont l'eau fut employée pendant la guerre à l'hôpital de Tarsus.
Alimentation en eau de Tarsus. Les rivières qui constituent le Cydnus ont toutes deux même à l'étiage ; de l'eau en abondance, fraîche et pure, mais il faudrait aller la prendre assez haut dans les environs de Pambouklou (600m. environ d'altitude) car, à ma grande surprise, j'ai trouvé à Kechbukun, l'eau de la rivière déjà chaude.
Les frais ne consistant qu'en la construction d'un aqueduc  et de réservoirs ne seraient pas très élevés et l'alimentation de la ville pourrait être très large, même si elle augmentait considérablement.

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Annexe 3
Eaux et Forêts


La région parcourue est riche en sources qui forment de petits ruisseaux qui vont se perdre dans des ravins presque à sec.
Deux grandes rivières qui forment par leur réunion le Cydnus ont encore beaucoup d'eau à l'étiage et leur courant est très rapide, entrecoupé de cascades et peut permettre dans l'avenir l'installation d'usines diverses : scieries, moulins, forces électriques, quand le besoin s'en fera sentir.
Actuellement, quelques petits moulins tenus par des Grecs et de primitives scieries sont mus hydrauliquement.
Les deux rivières sont très poissonneuses : j'y ai vu des truites et surtout des barbeaux. Ceux-ci vivant en eau claire sont excellents et non mous comme ceux de cours inférieurs.
La forêt. - Dévastée dans la partie la plus proche de la plaine, transformée en brousse que ravage la dent des chèvres, la forêt veut vivre et c'est le pin qui la sauvera, car la chèvre ne mange pas le jeune pin, alors que le genévrier et le thym ne trouvent pas grâce devant elle.
Il reste des milliers d'hectares de forêts qui constituent une richesse considérable malgré les déprédations et les vandalismes dont ils ont souffert.
Presque pas un bel arbre qui ne soit rongé à son pied par le feu, écorcé par les bergers qui arrachent et sucent l'aubier, sucré au printemps, entaillé par la hachette d'un paysan malfaisant.
Une surveillance rendue plus efficace par le renforcement des gardes forestiers et le rétablissement du calme dans le pays, va permette à la forêt de se reconstituer.
Après le brousse, en montant de la côte à la montagne, on devait trouver de beaux peuplements d'oliviers sauvages dont on voit encore les traces intéressantes, puis le pin, le chêne, le charme , enfin plus haut encore, le thuya et quelques cèdres.
Suivant une route, j'ai trouvé le thuya au nord des portes de Cilicie, arbres à gros troncs, mais complètement étêtés. Le thuya et le cèdre ont sur le pin l'avantage de donner des rejets sur leurs troncs. Aussi les pâtres et les villageois ne se lassent-ils pas de couper ces rejets toujours soit pour s'en servir comme des perches, soit comme nourriture pour les chèvres qui en mangent  les jeunes pousses. La forêt de pins et de thuyas n'a pas de sous bois, sauf quelques houx buissonneux.
La nature des peuplements dans la région que j'ai traversée varie suivant l'altitude. L'exposition, et suivant sans doute la nature du sol.
Dans la région de Kulek,  les beaux sujets ne se composent que de pins (3 espèces) et de thuyas. On trouve comme autres essences, le noyer, le poirier sauvage (pas le pommier), le genévrier arborescent, le cerisier.
Le taillis, quand il y en a, est composé de cornouillers, qui parfois, est un vrai arbre, de chênes rabougris, de charmes étiques, de houx genévriers, d'un arbre à feuilles cirées qui me paraît être de la famille du " bel umbra " du Maroc, et de quelques sortes de mimosées (acacias).
Ces taillis pourraient grandir mais ils sont continuellement ravagés par les paysans qui se fournissent de gaulettes pour leurs clôtures et leurs divers besoins pour avoir des morceaux de bois durs pour faire des manches d'outils, ou tout simplement pour faire du charbon. Néanmoins, j'ai vu des coins éloignés des villages où de très beaux peuplements de jeunes pins, charmes et houx (qui devient ici un arbre) poussaient dru, à faire plaisir. A Dari Pounar où l'eau abonde, poussent toutes les essences du pays augmentées du figuier, du prunier, du grenadier.
A Namroum, mêmes essences, mais la forêt au Nord et à l'Ouest change un peu d'aspect ; le taillis est plus vigoureux et le cèdre fait son apparition. Je n'en ai pas vu de grands peuplements, mais on peut espérer en voir se former dans l'avenir. Le cèdre est, hélas !, réputé pour sa teneur en goudron et tous les arbres sont tailladés et rasés de leurs rejets, à tous moments.
Les plus nombreux sont dans la vallée allant de Selefke. J'en ai rencontré, isolés, un peu partout et en ai distingué à la lorgnette parmi les thuyas de la haute montagne. J'ai vu aussi 3 ifs mais extrêmement abîmés, un tamarin en mauvais état, à 1.200 mètres d'altitude environ.
A Pambouklou seulement, j'ai vu un peuplement normal de chênes, de charmes, avec un sous bois de cornouillers, de noisetiers, d'épines. En redescendant  à Tarsous, on trouve après les pins, une brousse dévastée par les charbonniers où restent comme témoins des chênes, des houx et des lauriers. Plus bas encore, il devait y avoir de très beau peuplements d'oliviers sauvages mais l'homme a défriché et on reste coi en voyant ce désert de pierres d'où il a arraché l'arbre pour ensemencer, au prix de quel travail, quelques poignées de terre déposées çà et là entre les rochers où la charrue ne peut passer. La forêt se défend, l'olivier sauvage repousse, buissonneux d'abord, puis arborescent. Si on l'encourage, il vaincra et l'homme aura certainement intérêt à lui céder la place quitte à le greffer sur place et l'exploiter comme il fut fait en Tunisie de ceux de la brousse dans la vallée de la Medjerda.
Plus bas encore, des buissons maigres marquent la limite de la forêt, mais là, des graines de pins germent et permettent d'espérer que la montagne ne restera pas dénudée.
Récapitulation des principales essences vues :
Noyers, cerisiers, poiriers, pruniers, épines, lentisques, cornouillers buissonneux et arborescents.
Genévriers buissonneux et arborescents
Chênes                ..                          ..
Charmes            ..                          ..
Houx                  ..                          ..
Pins, thuyas, cèdres, platanes, dans toutes les vallées, grandes ou petites ; certains sujets sont superbes.


Les ennemis de la forêt :

1° - La chèvre. Sa dent n'épargne rien, mais elle pourrait encore vivre en paix avec la grande forêt si elle n'était pas aidée par :
2° - L'homme qui, pour nourrir la chèvre met à sa portée les branches qu'elle ne peut atteindre ; il brise et bien souvent étête les cèdres, les thuyas, les genévriers, les charmes, les chênes pour donner aux troupeaux les jeunes pousses tendres.
J'ai vu des peuplements tellement abîmés que c'en était poignant ; on aurait dit que les arbres souffraient tant ils étaient devenus tordus, informes, sans valeur. L'homme aussi par son ignorance  croit dans la montagne que c'est bien de brûler la forêt, tout simplement parce que l'herbe et le taillis poussent avec une nouvelle vigueur l'année suivante.
L'homme aussi par sa paresse ; il y a du bois mort en quantité, mais il est un peu loin ; il vaut mieux abattre un jeune arbre ; par son indifférence, car alors il ne prendra pas soin d'abattre un sujet détérioré par les bergers ou par l'incendie mais celui qui lui tombe sous la main.
3° - La loi turque. - La loi prévoit que pour augmenter les terres à céréales, on peut défricher la forêt. Pour cela, l'amateur doit adresser une demande d'autorisation et indiquer  qu'il désire. Le conseil d'Administration du Caza était sensé d'envoyer des membres idoines ( ?) , apprécier la suite à donner et prenait ou provoquait la décision. Pour qui connaît le gouvernement turc, il est facile de se figurer comment les choses se passaient et comment la forêt était entourée de soins… Au bout de 3 ans de culture effective, le défricheur recevait le titre de propriété de terrain. Mais le plus souvent, les choses se passaient encore plus mal. Qui voulait taillait et défrichait la forêt à sa convenance, et une fois son travail fait, allait simplement demander autorisation et titre de propriété. Avec un peu d'intelligence et de complaisance à faire plaisir aux autorités, l'affaire allait toute seule et la forêt n'avait qu'à pâtir. Je pense qu'il y a quelque chose à faire dans ce sens, en interdisant de défricher sans un avis motivé des agents du service forestier responsable.
Au point de vue exploitation, des mètres cube de bois sont perdus parce que le règlement dit que la marque indiquant les arbres  à abattre doit être faite au pin à un mètre du sol et rester toujours visible.  Alors on coupe au-dessus de la marque et les coupes semblent des champs de poteaux. Mais tout cela ne se recèpe pas et tout ce bois dans le plus gros de l'arbre pourrit inutilement.
Service forestier. - Le service forestier est dirigé au point de vue technique par un agent énergique, actif, qui connaît bien sa forêt. Pendant les 5 dernières années, il n'a pas été possible de conserver celle-ci, exploitée sans méthode et sans mesure par les autorités militaires et infestées de déserteurs armés devenus brigands.
L'augmentation du nombre de gardes auxquelles les hommes armés ont été adjoints à titre auxiliaire permettra une surveillance plus efficace. Le service forestier a besoin d'être organisé sous la direction d'un technicien français. Il serait à souhaiter aussi que quelques gradés choisis parmi ceux des régions françaises montagneuses, telles que le Plateau Central viennent servir de moniteurs pour la rénovation de la forêt, pour la création et l'entretien des chemins forestiers, pour la protection et la lutte contre les incendies, etc.…
Fauves. - La montagne a la réputation de donner asile à l'ours et au léopard, dans ses parties les plus sauvages que je n'ai pas atteintes. En tout cas, ces animaux ne doivent pas être nombreux car je n'ai pu voir aucune dépouille.
L'existence du cerf, du chevreuil, du bouquetin est certaine. Les sangliers sont nombreux.
Dans la région de Gulek, j'ai vu énormément  de lièvres et de perdrix, et, en revanche, aucun du côté de Namroum.
La chasse au petit gibier pourrait être ouvert en montagne beaucoup plus tard que dans la plaine, le 1er septembre par exemple car, le 15 août, les compagnies de perdrix n'étaient composées que de pouillards, et de nombreuses couvées n'étaient encore que poussins.


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Annexe 4
Archéologie


A Tarsous, je n'avais jamais entendu parler que vaguement d'un ancien château près de Namroum, sans pouvoir avoir des détails. Sans être très idoine en la matière, j'ai pu constater qu'il y a à Namroum même, les vestiges d'une ancienne forteresse extrêmement importante.
Sur un sommet en forme de table, comme il y en a pas mal dans la région, un ensemble fortifié a été bâti, probablement dès les temps les plus anciens, en utilisant le roc, taillé et creusé, et en le complétant  par de la maçonnerie.
L'enceinte est très grande et pouvait contenir un gros village ; les voies d'accès sont encore visibles.
Un archéologue pourrait sans doute, malgré le mauvais état de la plus grande partie de l'ouvrage, en retrouvé le tracé aux multiples chicanes. Sur un rocher était sculpté un christ byzantin, qui ne fut martelé sottement que vers le fin de la guerre.  Une inscription en grec sur le roc près de l'escalier conduisant au bain, justifie la présomption d'origine byzantine de l'ouvrage, dont on trouve une partie intacte.
Les Arméniens, naturellement, en font un château d'un fils de Léon V ; il se peut qu'il ait été occupé à cette époque, vers 1400-1450, mais ce n'est pas ce souverain le fondateur ; on ne trouve d'ailleurs aucune inscription arménienne.
Je n'entreprendrai pas de faire la description de ce château. Je signalerai seulement l'existence de chambres taillées en plein roc et sui furent sans doute voûtée, surtout celle d'une partie du donjon, en très bon état ; tout au sommet, une grande salle voûtée avec fenêtres en ogive est intacte, ou presque. Elle est suivie de plusieurs autres plus endommagées, mais encore dignes d'intérêts et susceptibles d'être conservées.
La maçonnerie en pierre de taille tient bien, mais la foudre a très abîmé un coin de la grande salle. Il faudrait procéder sans tarder à des réparations assez faciles, malgré la hauteur  de l'à-pic
Ici, le revêtement est en pierres taillées, lisses et soigneusement jointoyées ; quelques unes portent en relief des timbres, cœurs, croix à branches égales, peut-être des inscriptions, mais comme le château est sur l'à-pic et même surplombe l'abîme, il a été impossible de bien les distinguer, malgré l'emploi de puissantes jumelles.
Le château de Namroum mérite :
1° - Que des mesures conservatoires soient immédiatement prises pour éviter la ruine de ce qui reste.

2° - Que des travaux de déblaiement soient entrepris pour en permettre l'étude.
Château de Sinab Kale. - Dans le nord de Nmaroum, à ½ heure, se trouve une construction militaire bien conservée, c'est le château de Sinab Kale. Mais il n'est pas du tout de la même époque que le précédent dont il devrait pourtant être une annexe. Sinab Kale fut certainement construit à l'époque des croisades, et devait être le réduit d'un poste de peu de dimensions dont toute trace architecturale a disparu, mais dont l'existence ancienne est révélée par les moellons que les bergers ont utilisés au voisinage immédiat du donjon pour construire des écuries grossières.
Le donjon est une grande tour rectangulaire de 8 mètres de large sur 10 de long et 12 de hauteur, avec 4 tourelles pleines, aux angles. Ces tourelles étant trop petites pour flanquer, la porte basse était défendue par des mâchicoulis dont les corbeaux sont en place, au niveau de la terrasse supérieure.
Aspect extérieur : une seule porte dans la face sud, pas d'autre ouverture au rez-de-chaussée. Au premier étage, une fenêtre dans la face nord, trois meurtrières par face. Ces meurtrières ont le tracé caractéristique suivant pour l'emploi de l'arc ou de l'arbalète.
A l'intérieur, franchie la porte basse qui était maintenue par une barrie glissant dans le mur, on se trouve dans une salle voûtée dont une moitié est intacte. Au milieu, la voûte grossière non clavetée est soutenue par un arc ogival encore intact. Je n'ai pu trouver trace des escaliers, sans doute les étages ne communiquaient que par des échelles mobiles. Le rez-de-chaussée obscur était sans doute un magasin.
Le premier étage, éclairé par sa fenêtre et ses meurtrières devait être la partie habitable et le centre de la résistance. Les meurtrières ont, à l'intérieur les dimensions  de la fenêtre pour donner du large au tireur ; sur la face Est se voient les traces d'une sorte de niche trop  démolie pour qu'on puisse déterminer son, usage. Le premier étage est voûté, on ne trouve pas trace non plus d'escalier conduisant à la terrasse supérieure d'où devait se battre une partie de la garnison.
Sinab Kale, avec ses voûtes crevées n'est pas en mauvais état, et peut être conservée  à peu de frais et même facilement restauré, car les matériaux sont tombés à l'intérieur net y sont restés..
Le dernier tremblement de terre (mai 1919) a lézardé la face nord, mais peu gravement.
La maçonnerie de ce château est beaucoup plus grossière que celle du château de Namroum, néanmoins, les gros moellons de grès sont taillés, ajustés, chacun  portant en relief à l'intérieur comme nos constructions militaires au Moyen-âge.
Des ordres sévères ont été donnés pour mettre ces deux châteaux à l'abri des déprédations des paysans. Pendant la guerre, les gens de Namroum ont construit une mosquée sans intérêt, avec des pierres enlevées au château de Namroum.
En résumé, il y a à Namroum ou dans ses environs immédiats deux châteaux à conserver d'abord, et  à restaurer en partie ensuite.
Quelle était leur raison d'être ? Namroum est au débouché d'une des routes de Konia et d'une route de Silikfe. Le grand château tient parfaitement le nœud des routes vers Selifke-Konia-Tarsus-Gulek.
Le petit doit avoir été construit pour garder le passage Konia-Gulek qui dans le nord, était hors de portée des machines de guerre du grand.
Que la défense soit dirigée vers l'Est ou vers l'ouest, elles barre les passages du Taurus et fait partie du système porte de Cilicie-Gulek (où il y eut parait-il un château)-Namroum-Geuzne où existe un château assez bien conservé.

Note de l'Administrateur en chef.
- Il s'agit du château de Lampron, forteresse byzantine, dont le commandement fut donné par l'empereur byzantin à Oschin, Nakharar de l'Albanie.


Forteresse de Lampron
Photos : romeartlover.tripod.com/Turmag02.html


La forteresse de Lampron fut cédée par l'Empire Byzantin à un clan de féodaux fidèles à Constantinople. Le refuge imprenable soutenait leur opposition à l’indépendance arménienne de leurs rivaux Roupéniens établis à Vahka


Forteresse de Lampron
Photos : romeartlover.tripod.com/Turmag02.html



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