Mandat Syrie-Liban
Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937
Le mandat sur la Syrie-Liban en 1920
et les événements qui suivirent jusqu'en 1930
A la suite des accords Sykes-Picot, la Société des Nations confia à la France le 25 avril 1920 à San-Rémo un mandat « A » sur la Syrie et le Liban, détachés de la Turquie vaincue, le même type de mandat ayant été confié à la Grande-Bretagne sur la Palestine et l'Irak.
Alors que le Liban était organisé en un État communautaire centralisé, la Syrie était quant à elle provisoirement divisée en trois États :
- Damas,
- Alep
- et le territoire autonome des Alaouites, avec les sandjaks de Lattaquié et de Tartous (arrêté du 5 décembre 1924) avec Lattaquié pour capitale, que coiffait un conseil fédéral (à partir du 12 juillet 1922).
L'organisation administrative du mandat aboutit à la constitution de l'État de Syrie, formé des États d'Alep et de Damas et du sandjak d'Alexandrette (arrêté du 5 décembre 1924) avec Damas pour capitale, de l'État des Alaouites de l'État du Djebel druze (arrêté du 24 octobre 1922) et de l'État du Grand Liban (arrêté du 31 août 1920) dont l'indépendance fut proclamée le 1er septembre 1920 par le général Gouraud.
L'État du Grand Liban fut divisé, par arrêté du 1er septembre 1920, en quatre sandjaks : Liban-Nord ; Mont-Liban ; Liban-Sud et Bekaa et en deux municipalités autonomes : Beyrouth et Tripoli.
Le haut-commissaire, représentant direct du gouvernement français dans les territoires sous mandat, disposait d'un cabinet politique qu'il dirigeait lui-même et d'un cabinet civil qui avait autorité sur le service de renseignements.
Les début du mandat
Après avoir proclamé la naissance de l'état du Grand Liban le 1er septembre 1920, le général Gouraud va s'atteler à organiser administrativement les États sous mandat et à éteindre les derniers foyers de dissidence.Pendant les six années qui suivirent, l'État du Grand Liban fut gouverné par quatre gouverneurs français successifs nommés par le Haut Commissaire en poste.- Le Capitaine Georges Trabaud de 1920 à 1923.- M. Privat Aubouard de 1923 à 1924.- Le Général Vadenberg de 1924 à 1925.M. Léon Cayla de 1925 à 1926.
Problèmes de maintien de l'ordre
Hormis la poursuite des opérations en Cilicie contre les Kémalistes, le général Gouraud consacra l'année 1921 à réduire les derniers foyers de révolte en Syrie. Ainsi, les opérations de pacification des Monts Ansarieh commencées le 18 mai 1921 se terminèrent le 12 juin avec la reddition de Cheikh Saleh. De même, le contrôle des tribus nomades revêtait dans la région de Homs-Hama une importance majeure, surtout dans celle de Hama, voisine du territoire de l'État d'Alep où estivaient des tribus particulièrement turbulentes. Elle avait "servi de champ clos aux luttes intertribales en 1921. Or, dans cette région de Hama, la terre et les récoltes appartenaient aux notables de la ville qu'il importait de ne pas mécontenter car toute l'action politique de la France reposait sur leur ralliement. Le contrôle des nomades y était donc aussi une affaire politique."Je ne mets pas en doute, écrivait en 1922 le lieutenant-colonel Catroux, que, si cette année, nous nous montrons impuissants à épargner aux propriétés des notables les dégâts dont les nomades sont coutumiers, le crédit de notre mandat en serait singulièrement ébranlé".
C'est ainsi que fut décidée l'opération de maintien de l'ordre à Homs en 1922.Côté druze, la première alerte vint de Soltan El Attrache qui, encouragé par l'Emir Abdallah (derrière lequel se profilaient les services britanniques) à prendre possession du Djebel Druze en son nom, sera obligé de se soumettre au colonel Catroux. A la suite de cela, les Français installèrent une garnison à Soueïda capitale du Djebel.Toutes ces opérations provoquèrent des dépenses militaires s'élevant à 782 millions de Francs en 1921. Mais la paix avec les Kémalistes, obtenue par l'accord d'Ankara le 20 octobre 1921 et suivie de l'évacuation de la Cilicie, entraîna une diminution des effectifs et de l'enveloppe budgétaire votée par le parlement français que Gouraud accepta non sans réticences. En 1923, las de mettre en garde le gouvernement contre des réductions jugées excessives, compte tenu de la situation régionale, le général Gouraud envisagea de démissionner.
C'est l'évolution de la crise turque qui allait permettre de mettre fin aux tiraillements entre Gouraud et le gouvernement français.Après avoir vaincu les Grecs définitivement en Anatolie et s'être emparé le 9 septembre 1922 de la grande ville Grecque de Smyrne, les Kémalistes prirent le pouvoir à Constantinople en novembre 1922 provoquant la fuite de Sultan. Le nouveau gouvernement turc obtint alors de renégocier en position de force les clauses du traité de Sèvres de 1920. Ce fut l'objet des débats de la conférence de Lausanne ouverte le 21 novembre 1922 et qui s'acheva le 24 juillet 1923. Ainsi, l'apaisement des tensions contribua au remplacement du général Gouraud.
Rappelé en consultation à Paris le 23 novembre 1922, il y arriva le 1er décembre, laissant l'intérim à Robert de Caix, et fut remplacé au poste de Haut-Commissaire le 17 avril 1923 par le général Maxime Weygand ancien chef d'état-major du maréchal Foch.
Soueïda ou Suwayda, capitale du Djebel druze
Les institutions militaires des États placés sous mandat :
La puissance mandataire projetant la création des armées des états sous mandat dont elle était responsable devant la S.D.N, devait préalablement former leurs cadres. Dans ce but, fut ouverte à Damas, le 12 mai 1921, une école militaire destinée à former les officiers et traducteurs libanais et syriens ainsi que les sous-officiers spécialistes. Transférée à Homs en 1932, elle formera entre 1921 et 1945, 22 promotions d'élèves officiers.
La première promotion, celle de 1921-1923, baptisée du nom du général Gouraud, comprenait plusieurs Libanais dont certains jouèrent un rôle important dans l'Histoire du pays: Fouad Chehab (premier commandant en chef de l'Armée Libanaise et futur Président de la République), Suleiman Nofal, Jamil Lahoud, Antoine Rizkallah, Louis Chehab, Jamil Chehab, Aziz Ghazy, Fathi Zabdakji, Toufic Atallah et Jean Atieh.
La gendarmerie libanaise issue de la période de la moutassarifiya fut réorganisée par les Français en juillet 1920. Elle fut, jusqu'à la création au début de 1926 du corps des "chasseurs libanais", le seul corps proprement libanais, les autres troupes autochtones étant groupées jusqu'à cette date dans ce que l'on appelait les "Troupes Auxiliaires" (la légion syrienne) fortes de 5.466 hommes en 1925.
La première promotion, celle de 1921-1923, baptisée du nom du général Gouraud, comprenait plusieurs Libanais dont certains jouèrent un rôle important dans l'Histoire du pays: Fouad Chehab (premier commandant en chef de l'Armée Libanaise et futur Président de la République), Suleiman Nofal, Jamil Lahoud, Antoine Rizkallah, Louis Chehab, Jamil Chehab, Aziz Ghazy, Fathi Zabdakji, Toufic Atallah et Jean Atieh.
La gendarmerie libanaise issue de la période de la moutassarifiya fut réorganisée par les Français en juillet 1920. Elle fut, jusqu'à la création au début de 1926 du corps des "chasseurs libanais", le seul corps proprement libanais, les autres troupes autochtones étant groupées jusqu'à cette date dans ce que l'on appelait les "Troupes Auxiliaires" (la légion syrienne) fortes de 5.466 hommes en 1925.
La gendarmerie libanaise fut employée comme unité de combat auprès de l'armée française pendant toutes les opérations de maintien de l'ordre qui se déroulèrent au Liban entre 1919 et 1926. Commandée et encadrée par des officiers et sous-officiers libanais avec l'appui de quelques gradés français, ses effectifs étaient au moment de la révolte druze en 1925, de 42 officiers et 1.322 gendarmes.
La révolte druze : 1925 - 1927.
Le Djebel druze est un massif montagneux situé à une centaine de kilomètres au sud de Damas. Ce plateau, long de 60 kilomètres, se termine à l'est par les laves de Safa, et au nord par celles du Leja très difficiles à parcourir. En 1925, sa population s'élevait à 50.328 habitants dont 42.686 druzes.
Alors que, de toutes les populations non chrétiennes syriennes, les Druzes avaient été la seule à avoir accepté avec une certaine faveur le mandat français, discordances tribales entre familles druzes ainsi qu'ingérences extérieures et maladresses psychologiques de la puissance mandataire furent à l'origine de la révolte du Djebel druze.
Communautés druzes au Proche-Orient
Copyright @ 1999 Israeli Druze SocietyEn effet, après sa nomination à la fonction de gouverneur du Djebel par le général Gouraud en mars 1921, l'autorité de Sélim-Pacha-Al-Attrache fut contestée au sein de sa famille par Soltan-Al-Attrache qui refusait le mandat français, ne cachant pas ses sympathies pro-chérifiennes.A la mort du gouverneur en septembre 1923, les Druzes, ne parvenant pas à se mettre d'accord sur le choix de son successeur, demandèrent qu'un officier français soit nommé à ce poste. Ce fut le capitaine Carbillet, qui gouverna le pays pendant deux ans d'une façon remarquable multipliant l'ouverture de nouvelles routes, le forage de puits et développant la scolarisation. L'arrivée au pouvoir, en France, du Cartel des Gauches le 11 mai 1924 (gouvernement du Radical Édouard Herriot), allait entraîner un changement à la tête du Haut-Commissariat. Jugé trop clérical par des radicaux qui vivaient de l'anticléricalisme, le général Weygand fut remplacé en janvier 1925 par le général Sarrail connu pour ses convictions "républicaines" qui s'exprimaient par un anticléricalisme militant qui ira jusqu'à provoquer l'irritation des chrétiens.
Compte tenu des réalités locales, dans une région où le confessionnalisme façonnait la société, ce choix se révéla particulièrement désastreux. Aux Djebel Druze, le capitaine Carbillet sur ordre de Sarrail voulut faire rentrer l'impôt, contraindre la population au travail, réduire la puissance des féodaux et abolir la tradition qui faisait du Djebel l'asile inviolable de tous les fugitifs.
En outre, on envisagea de procéder à un désarmement partial de la population, mesure qui, pour un peuple essentiellement guerrier, fut ressentie comme une humiliation suprême.
C'est dans ce climat de mécontentement général que va éclater l'insurrection du Djebel Druze. Elle se propagera au reste de la Syrie et débordera sur le Liban, obligeant la France à entreprendre de véritables opérations militaires qui dureront près de deux ans.
C'est dans ce climat de mécontentement général que va éclater l'insurrection du Djebel Druze. Elle se propagera au reste de la Syrie et débordera sur le Liban, obligeant la France à entreprendre de véritables opérations militaires qui dureront près de deux ans.
Profitant de l'absence du capitaine Carbillet administrateur du Djebel Druze, Sultan el Attrache appuyé par les Chérifiens commença à parcourir le pays accompagné par une centaine de cavaliers afin d'inciter à la révolte. Sa troupe ayant grossi, il entra à Salkhad. La révolte Druze venait de commencer.
Le commandant Tony Martin remplaçant de Carbillet chargea le capitaine Normand de rétablir l'autorité française. L'officier partit de Souëda le 21 juillet 1924 à la tête d'une compagnie syrienne et d'un demi peloton de spahis tunisiens (7 officiers et 174 hommes) mais la petite colonne fut attaquée par surprise au bivouac près du village de Kafer (19 kilomètres au sud de Souëda) par 2.000 cavaliers druzes conduits par Sultan el Attrache et massacrée (106 morts). C'était le début de l'insurrection généralisée.
Le bataillon de tirailleurs algériens en garnison à Souëda fut obligé d'abandonner la ville et se retrancha dans la citadelle. Mais les canalisations ayant été coupées, les assiégés n'eurent pour boire que le contenu des citernes. La reprise du Djebel Druze devenait par conséquent une nécessité absolue et urgente pour la délivrance de la garnison de Souëda.
Ainsi, en cet été 1925, la France se retrouvait engagée sur deux théâtres d'opérations: au Maroc, contre l'insurrection de Abdel-Krim et au levant face à la révolte Druze qui va se transformer rapidement en insurrection syrienne.
La Colonne du général Michaud :
Le général Michaud, adjoint de Sarrail, se vit confier la mission de dégager les assiégés de Souëda. Compte tenu de la baisse d'effectifs de l'armée du Levant, il parvint difficilement à rassembler 3.000 hommes à la station d'Ezraa à une trentaine de kilomètres de Souëda. Les troupes, mi-syriennes, mi-malgaches avec une batterie d'artillerie, manquaient d'entraînement et de cohésion. Obligées de progresser sur une route qui traversait un désert rocailleux au pied de collines escarpées, elles furent harcelées dès leur entrée en territoire druze et finirent par se débander après avoir subi un sanglant échec à Mezraa le 3 août 1925. Les pertes s'élevèrent à 1.500 hommes dont 650 morts et les druzes s'emparèrent de 2.000 fusils.
Plus qu'une défaite pour la puissance mandataire, c'était une perte de face qui allait entraîner la désertion des 227 hommes de la gendarmerie druze qui passa aux insurgés. Destitué, Michaud fut remplacé par le jeune général Gamelin.
Gamelin dégagera les assiégés le 25 septembre 1925, au seuil de l'agonie, mais la colonne Gamelin, menacée à son tour de mourir de soif dut évacuer Souëda et revenir précipitamment à Ezraa, Il ne restait plus à cette date un seul Français au Djebel druze.
La révolte de Damas :
C'est dans ce contexte qu'éclata, le 18 octobre 1925, la révolte de Damas, sévèrement réprimée par le Général Sarrail, qui fit bombarder la ville. Celle-ci sera isolée de la vaste oasis de la Ghouta qui l'entourait et qui va demeurer entre les mains des insurgés pendant de longs mois. Ces événements déclenchèrent un vaste mouvement de protestations alimenté principalement par la presse anglaise, trop contente de pouvoir s'en prendre à la présence française dans la région.
Le 19 septembre 1926, le général Gamelin, commandant supérieur des troupes du Levant rend compte de la situation en détaillant les opérations sur les trois théâtres du Hermon, de la Ghouta et du Djebel druze.
Dans l'Hermon après l'opération conduite par le colonel Clément-Grandcourt, la zone est restée calme ;
Dans la Ghouta, les succès remportés du 19 au 22 juillet 1926 ont permis d'assurer le contrôle de la région ;
Dans le Djebel druze, la situation était encore troublée durant les derniers mois mais les opérations conduites par le général Andréa ont bien assaini la situation et aujourd'hui ce ne sont que des bandes que les troupes ont à combattre.
Le général Gamelin observe à cette occasion que lors des actions menées dans le Léja, l'Ouadi Lioua et le djebel Est, les escadrons druzes de gardes mobiles se sont comportées d'excellent façon, avec esprit de décision et qualité manœuvrière, rendant ainsi les plus grands services.Il reste cependant à parcourir le flanc Est du Djebel druze que les troupes n'ont encore jamais visité et où les bandes trouvent refuge.Le général estime alors qu'il est possible d'espérer que les opérations de grandes envergures sont terminées. Elles doivent laisser la place à la chasse aux bandes pour laquelle il donne des instructions précises afin de conforter au plus tôt la pacification.
Dans l'Hermon après l'opération conduite par le colonel Clément-Grandcourt, la zone est restée calme ;
Dans la Ghouta, les succès remportés du 19 au 22 juillet 1926 ont permis d'assurer le contrôle de la région ;
Dans le Djebel druze, la situation était encore troublée durant les derniers mois mais les opérations conduites par le général Andréa ont bien assaini la situation et aujourd'hui ce ne sont que des bandes que les troupes ont à combattre.
Le général Gamelin observe à cette occasion que lors des actions menées dans le Léja, l'Ouadi Lioua et le djebel Est, les escadrons druzes de gardes mobiles se sont comportées d'excellent façon, avec esprit de décision et qualité manœuvrière, rendant ainsi les plus grands services.Il reste cependant à parcourir le flanc Est du Djebel druze que les troupes n'ont encore jamais visité et où les bandes trouvent refuge.Le général estime alors qu'il est possible d'espérer que les opérations de grandes envergures sont terminées. Elles doivent laisser la place à la chasse aux bandes pour laquelle il donne des instructions précises afin de conforter au plus tôt la pacification.