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Site de Jean-François Coustillière
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9 septembre 1944

Témoignages > Journal de marche de Paul Coustillière
 
9 septembre 1944  - texte de Bier PAOLI
 

C’était un soir ………
 
 
Il doit m’en être toujours reconnaissant, ce Fritz à grosse bedaine et au regard de chien battu, de l’avoir raté à 2 mètres à peine …
 
 
C’était un soir, pas comme les autres, parce que tous les soirs on ne boit pas du Nuits-St-Georges ou du Clos-Vougeot, pas comme tous les autres, dis-je, car de jolies bourguignonnes nous avaient embrassés tout gentiment, pour leur avoir porté les premier le bonjour de l’Armée d’Afrique. On leur avait expliqué que « ça » c’était les automitrailleuses, que le calot rouge était le calot de tradition des spahis, que l’on venait d’autres cieux.
 
 
Le conducteur de ma blindée trouvait qu’il y avait trop d’obus dans le casier. Il me l’avait expliqué à voix basse, et je ne l’avais pas compris ; il était parti désolé. Mais j’eu la solution le soir même : de magnifiques bouteilles alternaient avec les perforants de 37. Celui-la savait joindre l’utile à l’agréable, et je suis sûr que tout le peloton en avait autant.
 
Il y avait de la joie partout, sur les visages des filles, des vieux, des garçons, des grosses matrones joufflues, dans le ronronnement des moteurs, sur les 37 qui brillaient, et le soleil arrosait cela de ses rayons dorés. La nuit était venue, nuit calme, trop sombre même presque anxieuse. Nuits-Saint-Georges, tenu encore par eux, Clos-Vougeot aussi, et nous au beau milieu. Comment étions-nous arrivés sans nous faire voir ?
 
 
Minuit juste, des pas lourds au milieu de la grand’rue, bruit de ferraille, pas de voix. Impossible de voir si ce sont ceux de chez nous. « Non, mais seraient-ce par hasard ? … ». « Ils auraient quand même une autre attitude, pensais-je ». Vite ma mitraillette, mesure préventive : Les voilà sur moi, je ne reconnais personne  « Halte m’écriais-je » : l’un d’eux se penche sur moi. Je distinguais la casquette (vous savez cette casquette à visière si longue) et les pattes d’épaule à raies blanches. Je me levais d’un bond et j’ouvris le feu en hurlant à mon tireur d’en faire autant . Croyez si vous voulez, mais je n’en eu aucun ce soir là, et c’était presque à bout portant.
 
Un obus hurla au-dessus de mois. Consciencieusement, le brigadier tirait. Vision d’enfer, balles et obus traçants à cinquante centimètres de ma tête, flammes du canon, lueur verte des grenades que je balançais, je m’aplatis. Aucun d’entre eux ne tira. Notre feu cessa. Des formes noires étendues au beau milieu de la route « Je crois que ç a y est dis-je au tireur ». C’était leurs couvertures et leurs vélos. Ah non, c’est trop fort, j’étais suffoqué et pris d’une rage folle. Il y avait de quoi : je bondis en avant avec ma mitraillette, oubliant de reprendre un chargeur et je m’engage dans la première ruelle qui se trouvait à ma droite. Je soufflais …, une forme noire étendue, une vraie cette fois. Elle bouge. « Relève-toi mon gaillard ». Il aurait pu m’avoir celui-là pensais-je, et je lui braquais ma mitraillette vide sur la poitrine. Il se leva. Même manège un peu plus loin. Six spécimens de la race des seigneurs furent pris. Le dernier se déchaussait quand je le surpris ….
 
 
"C’est toi qui marchait en tête demandais-je au premier ?
 
 
o   Oui.
 
o   Quel grade ?
 
o   Adjudant
 
o   Tu as eu de la chance
 
o   J’ai eu aussi très peur
 
o   Combien étiez-vous ?
 
o   Dix-huit"
 
 
  
J’avalais ma salive et je remis solennellement mes six lascars au lieutenant qui arrivait.
 
 
C’était un soir, le 9 septembre, pas comme tous les autres, parce que tous les soirs on ne boit pas du Nuits-St-Geoges ou du Clos-Vougeot, pas comme tous les autres, dis-je, car de jolies bourguignonnes nous avaient embrassés tout gentiment …
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