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Site de Jean-François Coustillière
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1912 - Arbaoua

Témoignages > Carrière militaire- E. Coustillière-1900-1937
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 Rapport d'opérations du capitaine Vary,

commandant le détachement régional du Gharb

le 24 avril 1912

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Le 24 avril, vers 09H00 du soir, un brouhaha se produit tout à coup au camp, dans la partie Est occupée par l'escadron.
Nous étions à table, le bruit nous fait sortir précipitamment pour nous rendre compte de ce qui se passe.
Aussitôt nous trouvons le Kébir de Mehalla et le Caïd Reha Omar Rahali qui nous préviennent que des hommes de la Mehalla veulent assassiner tous les instructeurs sur le champ.
En même temps, des coups de feu dirigés contre nous partent du camp de l'escadron et de l'extérieur face nord.

Le sergent Ould Hammouda, croyant à une attaque des Djebalas, prend le commandement  du poste de police de l'infanterie et fait exécuter deux salves par les fantassins de garde en direction des coups de feu venant de l'extérieur.
Les hommes obéissent, mais aussitôt se rendent compte de ce qui se passe exactement, le sergent Ould Hammouda se rend aux exhortations des chefs marocains le suppliant de se réunir aux autres instructeurs.
Nous nous retrouvons tous dans mon bureau, point de réunion que j'avais indiqué quelques jours auparavant, à tous les instructeurs quand les événements de Fez nous ont fait prévoir qu'il pourrait se passer quelque chose de semblable à Arbaoua.

Le Kébir de Mehalla et le Caïd Reha Omar Rahali se joignent à nous, déclarant qu'ils veulent mourir avec nous.
Quelques hommes, nos ordonnances pour la plupart, et le poste de police d'infanterie de la porte centrale, sous le commandement du Khalifa Kebir Rahal Ben Korchi de l'infanterie se rangent devant mon bureau pour nous défendre et ouvrent le feu sur les mutins. Le Khalifa Kebiret, le Khalifa Srir du 3ème escadron, restent fidèles ainsi que quarante cavaliers, presque tous gens de Omar Rahali.

Le Khalifa Kebiret du 3ème escadron avait sauvé la vie du  maréchal des logis Bailloud en l'enlevant précipitamment dans ses bras, au dehors de sa nouala, au moment où les cavaliers révoltés se ruaient pour l'assassiner.
Tous les officiers marocains du 7ème bataillon nous jurent fidélité et nous assurent qu'ils espèrent garder les fantassins dans le devoir.

Les coups de feu continuent dans le camp. Nous organisons défensivement le bureau (construction en briques) où nous sommes et où se trouvent quelques armes et munitions. Monsieur Lucien Bruzeaud, de passage à Arbaoua, est avec nous.
Par un hasard extraordinaire et malgré la vive fusillade dirigée contre nous au moment où nous nous rendions au point de rassemblement indiqué, personne d'entre nous n'est atteint.Le Khalifa Kebir de l'infanterie, Rahal Ben Korchi, et les Khalifas Srir de l'infanterie, Rahal Ben Djilali, Arbes, Bouchaib viennent peu après nous assurer qu'ils comptent toujours sur la fidélité des fantassins. Mais ils nous prient de ne pas sortir encore de notre lieu de refuge.Un premier rekkas envoyé à Souk El Arba de Sidi Aissa pour demander du secours au commandant Michelangelli est arrêté.Un second, me dit-on, a dû passer.Pour plus de sûreté, et n'étant pas sûr des porteurs de mes renseignements, j'en envoie plusieurs dans différentes directions: direct, El Ksar, Lala Mimouna. De plus le feu ayant presque cessé, je donne l'ordre au maréchal des logis Hamida, vers 09H45, de monter à cheval, et en faisant un grand détour à la sortie du camp, de chercher à atteindre le plus vite possible le commandant Michelangelli à Souk El Arba de Sidi Aissa Le maréchal des logis reçoit avec joie la mission périlleuse qui lui est confiée et part sans hésitation. Tous les instructeurs sous mes ordres, ainsi que monsieur Bruzeaud, font d'ailleurs preuve du plus grand sang froid et attendent, calmes, les événements. Seul le Kébir de Méhalla est complètement anéanti et pleure, au début, comme un enfant.La pièce de canon, dès le début, sur mon ordre, avait été amenée près de notre lieu de refuge, chargée par les soins du maréchal des logis Delluc et braquée sur le camp de l'escadron. Je fais enlever la culasse pour parer en cas de trahison, toujours possible, au cours de la nuit.Vers 10H30, quinze fantassins quittent le camp, avec armes et munitions, pour rejoindre les cavaliers révoltés et massés dans le ravin de l'oued, au pied du camp. Ces cavaliers étaient partis en emportant leurs armes , leurs munitions et leurs chevaux sellés, peu de temps après le début de la rébellion.Vers 11H00, les officiers marocains de l'infanterie me garantissent la fidélité de leurs hommes.Cinq nafars, qui voulaient déserter, sont ramenés de force par leurs camarades.Le lieutenant Le Boette va parler à ses hommes qu'il connaît déjà depuis plus d'un an et qui étaient primitivement avec lui à Boudjenah et à Souk El Arba.Le lieutenant Coustillière et les autres instructeurs d'infanterie se montrent également à leurs unités. Je fais une ronde dans le camp des fantassins en parcourant les tranchées. Tout paraît calme, les hommes paraîssent à peu près sûrs. Beaucoup d'entre eux protestent de leur dévouement. Le lieutenant reste avec eux pour leur parler et continuer à se rendre compte de leur état d'âme.Le camp des cavaliers nous est cependant toujours interdit, les chefs marocains nous suppliant de ne pas y aller.Une patrouille, envoyée dans l'oued, m'apprend que les révoltés sont partis dans la direction d'Ouezzan.Au jour, je réunis les fantassins en carré et leur parle. Je fais battre et sonner les tambours et clairons. Tout est fini.Vers 06H30, le maréchal des logis Hamida revient de Souk El Arba, ayant accompli sa mission.Le commandant Michelangelli arrive vers 07H00 avec une compagnie d'infanterie et une section de mitrailleuses précédée de monsieur Boisset et du fils du Caïd Taïeb Cherkaoui, accompagnés de plusieurs cavaliers de ce Caïd.Inquiet de ce qui pouvait se passer à Mechra El Hadar au détachement du lieutenant Thiriet, je demande et obtient du commandant Michelangeli l'envoi au lieutenant Thiriet d'un détachement de trente coloniaux montés sur des mulets de la Mehalla.Monsieur Boisset s'offre pour les conduire et les guider avec le fils du Caîd Cherkaoui et ses cavaliers.Rien ne s'était passé à Mechra El Hadar où il n'y avait que des fantassins (1ère compagnie) et des goumiers.Les causes de la révolte sont certainement l'échec des événements de Fez très grossis dans la région. Les émissaires envoyés de Fez ont eu beau jeu , pour arriver à monter la tête à nos gens, à leur faire croire que nous allions les désarmer comme les Espagnols viennent de le faire à El Ksar et à Larache. Le complot comportait à Arbaoua, l'assassinat des instructeurs vers minuit dans la nuit du 24 au 25 avril.La fidélité des chefs marocains se rendant compte de ce qui se passait et leur tentative pour ramener leurs hommes dans le devoir ont fait heureusement déclencher le mouvement à 09H00 au lieu de minuit.La visite faite à Arbaoua par le commandant Michelangelli et son détachement a certainement contribué beaucoup au maintien dans l'ordre des fantassins. Les hommes savaient que le commandant Micheangelli, qui nous avait quitté seulement le 24 au matin, pourrait rapidement revenir de Souk El Arba réprimer la révolte et venger l'assassinat des instructeurs le cas échéant.Je ne saurais trop insister sur l'utilité de l'heureuse initiative prise par le commandant Michelangelli en venant à Souk El Arba le 21 avril, puis à Arbaoua le 23 avril. J'estime que c'est une des principales causes auxquelles nous devons salut. Le complot devait déjà être exécuté dans la nuit du 23 au 24 et avait dû être retardé par suite de la présence parmi nous, dans cette même nuit, des troupes françaises du commandant Micheangelli.

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Notes:
- les cavaliers marocains mutins étaient au nombre de 175.
- M Lucien Bruzeaud était négociant, il parlait l'arabe et servit d'interprète.
- M Boisset était agent consulaire de France à El Ksar





La campagne du Maroc en images

Retour des blessés du combat du 2 juin 1912



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